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Qu’était la société des indiens Iroquois ? - Matière et Révolution
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Qu’était la société des indiens Iroquois ?

mardi 10 septembre 2019, par Robert Paris

Qu’était la société des indiens Iroquois ?

« Des monts Adirondacks jusqu’aux Grands Lacs, sur le territoire actuel de la Pennsylvanie et du nord de l’Etat de New York, vivait le plus puissant groupe de population du Nord-Est américain : la confédération iroquoise, qui réunissait les Mohawks, les Oneidas, les Onondagas, les Cayugas et les Senecas. Des milliers de gens unis par une langue commune : l’iroquois.

Dans la vision du chef mohawk, Hiawatha, le légendaire Dekanawida s’adressait aux Iroquois en ces termes : « nous sommes unis, tous ensemble, par le grand cercle que forment nos mains. Un cercle si fort que, si un arbre venait à tomber dessus, il ne tremblerait ni ne se romprait. Ainsi, notre peuple et nos petits-enfants resteront dans le cercle en parfaite sécurité, dans la paix et le bonheur. »

Dans les villages iroquois, la terre était détenue et travaillée en commun. La chasse se faisait en groupe et les prises étaient partagées entre les membres du village. Les habitations étaient considérées comme des propriétés communes et abritaient plusieurs familles. La notion de propriété privée des terres et des habitations étaient parfaitement étrangères aux Iroquois.

Un père jésuite français qui les rencontra en 1650 écrivait :

« Nul besoin d’hospices chez eux car ils ne connaissant pas plus la mendicité que la pauvreté. (…) Leur gentillesse, leur humanité et leur courtoisie les rendent non seulement libéraux en ce qui concerne les possessions mais font qu’ils ne possèdent pratiquement rien qui n’appartienne également aux autres. »

Les femmes jouaient un rôle important et avaient un statut respecté dans la société iroquoise. En effet, le lignage s’organisait autour de ses membres féminins dont les maris venaient rejoindre la famille. Chaque famille élargie vivait dans la « grande maison » et lorsqu’une femme désirait se séparer de son mari elle déposait simplement les affaires de ce dernier devant la porte.

Les familles formaient des clans et une douzaine ou plus de clans pouvaient former un village. Les femmes les plus âgées du village désignaient les hommes habilités à représenter le clan aux conseils de village et de tribu.

Elles désignaient également les quarante-neuf chefs qui composaient le grand conseil de la Confédération des cinq nations iroquoises. Elles assistaient aux réunions de clans, se tenaient derrière le cercle formé par les hommes qui discutaient et votaient les décisions. Si ces derniers allaient dans un sens trop éloigné de celui qu’elles souhaitaient, elles pouvaient les démettre et les remplacer.

Les femmes surveillaient également les récoltes et s »occupaient de l’administration générale du village tant que les hommes étaient à la chasse ou à la pêche. En outre, comme elles fournissaient les mocassins et la nourriture pour les expéditions guerrières, elles avaient également un certain contrôle sur les affaires militaires.

Comme le fait remarquer Gary B. Nash dans son fascinant ouvrage sur les premières années de l’Amérique, « Red, Blacks and Whites », « le pouvoir était donc bien l’affaire des deux sexes, et l’idée européenne d’une domination masculine et d’une sujétion féminine en toutes choses était remarquablement étrangère à la société iroquoise ».

On enseignait aux enfants iroquois aussi bien l’héritage culturel de leur peuple et la nécessaire solidarité entre tribus que le devoir de ne pas plier devant un quelconque abus d’autorité. On leur enseignait aussi l’égalité des statuts et le partage des possessions.

Les Iroquois ne punissaient jamais cruellement les enfants. Le sevrage et la toilette n’étaient pas imposés autoritairement et les enfants étaient autorisés à franchir graduellement et de façon autonome ces étapes de leur éducation.

Tout cela, bien sûr, jurait parfaitement avec les valeurs européennes que les premiers colons apportèrent avec eux : une société divisée en pauvres et riches, contrôlée par les prêtres, par les gouverneurs, et par les hommes en ce qui concernait la vie familiale.

Par exemple, le pasteur de la colonie des Pères Pèlerins, John Robinson, donnait à ses paroissiens les conseils suivants sur l’éducation des enfants :

« Assurément, il y a en chaque enfant une obstination, une intrépidité d’esprit, fruits d’une fierté naturelle qu’il faut absolument rabattre et briser. Ainsi, les fondements de l’éducation étant assimilés avec humilité et docilité, d’autres vertus pourront venir, en leur temps, s’y adjoindre. »

Guy Nash dépeint ainsi la culture iroquoise :

« Nulle loi ni ordonnance, ni shérifs ni gendarmes ni juges ni jurys ni cours de justice ni prisons – tout ce qui compose l’appareil autoritaire des sociétés européennes -, rien de tout cela n’existait dans les forêts du Nord-Est américain avant l’arrivée des Européens. Pourtant, les limites du comportement acceptable y étaient clairement déterminées. Bien que mettant en avant la notion d’individu autonome, les Iroquois n’en avaient pas moins un sens aigu du bien et du mal. (…) Celui qui volait de la nourriture ou se conduisait lâchement au combat était « couvert de honte » par son peuple et mis à l’écart de la communauté jusqu’à ce qu’il eût expié sa faute par ses actes et apporté la preuve, à la plus grande satisfaction de ses congénères, qu’il s’était moralement purifié de lui-même. »

source

La plupart des écrits français sur les Iroquois ne s’intéressent qu’à la guerre de conquête de la France contre les Indiens et les Anglais, dans laquelle les Iroquois jouaient un rôle central et ont provoqué une violente défaite de la France. Cependant, les Iroquois ont un tout autre intérêt, en tant que civilisation, et cela bien avant qu’Anglais et Français ne débarquent pour coloniser…

Le site « Peuples amérindiens » écrit :

« Les Iroquois (encore appelés « Haudenosaunee » ou « peuple des maisons longues ») connus aussi par l’expression « Cinq-Nations » comprennent effectivement cinq et puis plus tard six nations amérindiennes de langues iroquoises vivant historiquement dans le nord de l’État de New York aux États-Unis au sud du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. La plupart des quelques 125 000 Iroquois vivent aujourd’hui en Ontario au Canada et dans l’État de New York. D’autres vivent au Wisconsin, au Québec et en Oklahoma. Seule une petite minorité des Iroquois parle aujourd’hui une des langues iroquoises dont notamment près de 1 500 locuteurs du mohawk dans le village Kahnawake, au sud de Montréal.

Ces nations indiennes unies de la confédération iroquoise sont les Senecas, les Cayugas, les Onondagas, les Oneida, les Mohawks, les Tuscaroras. »

source

Howard Zinn décrit ainsi la société iroquoise dans « Une histoire populaire des Etats-Unis » :

« Aux environs de l’an 500 de notre ère, tandis que cette culture des Moudbuilders (vallée de l’Ohio) commençait à décliner, une autre civilisation se développait plus à l’ouest, dans la vallée du Mississipi, centrée sur l’actuelle région de Saint Louis. Cette civilisation avait développé une agriculture sophistiquée et réunissait des milliers de villages, édifiant également près d’une métropole indienne qui semble avoir abrité quelque trente mille personnes, de grands tumulus de terre qui faisaient office de sépultures ou de lieux cérémoniels. le plus grand de ces édifices avait 300 mètres de haut et une base plus grande que celle de la Grande Pyramide d’Egypte. Dans cette cité, appelée Cahokia, on trouvait fabricants d’outils, tanneurs, potiers, bijoutiers, tisserands, saliniers, graveurs sur cuivre ainsi que de talentueux céramistes. On y a également découvert un suaire funéraire composé de douze mille perles de coquillages.

Des monts Adirondacks jusqu’aux Grands Lacs, sur le territoire actuel de la Pennsylvanie et du nord de l’Etat de New York, vivait le plus puissant groupe de population du Nord-Est américain : la Confédération iroquoise, qui réunissait les Mohawks (« le peuple du Silex »), les Oneidas (« le peuple de la Pierre »), les Onondagas (« le peuple de la Montagne »), les Cayugas (« le peuple de la Terre ») et les Senecas (« le peuple de la Grande Colline »). Des milliers de gens unis par une langue commune : l’iroquois.

Dans la vision du chef mohawk, Hiawatha, le légendaire Dekanawida s’adressait aux Iroquois en ces termes : « Nous sommes unis, tous ensemble, par le grand cercle que forment nos mains. Un cercle si fort que si un arbre venait à tomber dessus il ne tremblerait ni ne se romprait. Ainsi, notre peuple et nos petits-enfants resteront dans le cercle en parfaite sécurité, dans la paix et le bonheur. »

Dans les villages iroquois, la terre était détenue et travaillée en commun. La chasse se faisait en groupe et les prises étaient partagées entre les membres du village. Les habitations étaient considérées comme des propriétés communes et abritaient plusieurs familles. La notion de propriété privée des terres et des habitations étaient parfaitement étrangère aux Iroquois….

Les femmes jouaient un rôle important et avaient un statut respecté dans la société iroquoise. En effet, le lignage s’organisait autour de ses membres féminins dont les maris venaient rejoindre la famille. Chaque famille élargie vivait dans la « grande maison » et lorsqu’une femme désirait se séparer de son mari elle déposait simplement les affaires de ce dernier devant la porte.

Les familles formaient des clans et une douzaine ou plus de clans pouvaient former un village. Les femmes les plus âgées du village désignaient les hommes habilités à représenter le clan aux conseils de village et de tribu. Elles désignaient également les quarante-neuf chefs qui composaient le grand conseil de la Confédération des cinq nations iroquoises. Elles assistaient aux réunions de clans, se tenaient derrière le cercle formé par les hommes qui discutaient et votaient les décisions. Si ces derniers allaient dans un sens trop éloigné de celui qu’elles souhaitaient, elles pouvaient les démettre et les remplacer.

Les femmes surveillaient également les récoltes et s’occupaient de l’administration générale du village tant que les hommes étaient à la chasse ou à la pèche. En outre, comme elles fournissaient les mocassins et la nourriture pour les expéditions guerrières, elles avaient également un certain contrôle sur les affaires militaires…

On enseignait aux enfants iroquois aussi bien l’héritage culturel de leur peuple et la nécessaire solidarité entre tribus que le devoir de ne pas plier devant un quelconque abus d’autorité. On leur enseignait aussi l’égalité des statuts et le partage des possessions. Les Iroquois ne punissaient jamais cruellement leurs enfants. Le sevrage et la toilette n’étaient pas imposés autoritairement et les enfants étaient autorisés à franchir graduellement et de façon autonome ces étapes de leur éducation…

Gary Nash dépeint ainsi la culture iroquoise : « Nulle loi, ni ordonnance, ni shérifs, ni gendarmes, ni juges, ni jurys, ni cours de justice, ni prisons – tout ce qui compose l’appareil autoritaire des sociétés européennes -, rien de tout cela n’existait dans les forêts du Nord-Est américain avant l’arrivée des Européens. »

Friedrich Engels dans « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat » :

« Nous en venons maintenant à une autre découverte de Morgan, d’une importance au moins égale à celle de la reconstitution des formes primitives de la famille en partant des systèmes de parenté. Morgan a prouvé que les groupes de consanguins, désignés par des noms d’animaux à l’intérieur d’une tribu d’Indiens américains, sont essentiellement identiques aux genea des Grecs, aux gentes des Romains ; que la forme américaine est la forme originelle, tandis que la forme gréco-romaine est la forme ultérieure, dérivée ; que toute l’organisation sociale des Grecs et des Romains des temps primitifs en gens, phratrie et tribu a son parallèle exact dans l’organisation sociale américano-indienne ; que la gens (autant que nos sources nous permettent jusqu’ici d’en juger) est une institution commune à tous les barbares jusqu’à leur entrée dans la civilisation, et même plus tard encore. Et cette preuve a, d’un seul coup, élucidé les parties les plus difficiles de l’histoire grecque et romaine la plus ancienne et nous a donné en même temps des éclaircissements insoupçonnés sur les traits fondamentaux du régime social des temps primitifs, – avant l’instauration de l’État. Pour si simple que paraisse la chose une fois qu’on la connaît, Morgan ne l’a pourtant découverte que récemment ; dans son ouvrage précédent, paru en 1871 [1], il n’avait pas encore percé le mystère dont la révélation a depuis réduit [pour un temps] au plus complet silence les préhistoriens anglais, généralement si pleins d’assurance.

Le mot latin gens, que Morgan emploie d’une façon générale pour désigner ce groupe de consanguins, vient, tout comme le mot grec correspondant genos, de la racine aryenne commune gan (en germanique où, d’après la règle, k remplace le g aryen, kan) qui signifie engendrer. Gens, genos, en sanscrit dianas, en gothique (selon la règle précitée) kuni, en norois et en anglo-saxon kyn, en anglais kin, en moyen haut-allemand künne veulent uniformément dire race, lignée. Mais gens en latin, genos en grec s’appliquent spécialement au groupe consanguin qui se vante d’une descendance commune (ici, d’un ancêtre commun de la tribu), et qui est uni par certaines institutions sociales et religieuses en une communauté particulière, mais dont l’origine et la nature étaient cependant restées obscures jusqu’ici pour tous nos historiens.

Nous avons déjà vu précédemment, à propos de la famille punaluenne, quelle est, dans sa forme primitive, la composition d’une gens. Elle se compose de toutes les personnes qui, par le mariage punaluen et d’après les conceptions qui y règnent nécessairement, forment la descendance reconnue d’une même aïeule bien déterminée, fondatrice de la gens. Comme la paternité est douteuse dans cette forme de famille, seule compte la filiation féminine. Comme les frères n’ont pas le droit d’épouser leurs sœurs, mais seulement des femmes d’une autre lignée, les enfants procréés avec ces femmes étrangères tomberont donc, en vertu du droit maternel, en dehors de la gens. Par conséquent, seuls les descendants des filles de chaque génération resteront dans le groupe ; les descendants des fils passeront aux gentes de leurs mères. Qu’adviendra-t-il maintenant de ce groupe consanguin, dès qu’il se constituera comme groupe particulier, en face de groupes semblables, au sein d’une même tribu ?

Comme forme classique de cette gens primitive, Morgan prend la gens des Iroquois, et plus spécialement celle de la tribu des Senecas. Dans cette tribu, il y a huit gentes qui portent des noms d’animaux : 1. Loup ; 2. Ours ; 3. Tortue ; 4. Castor ; 5. Cerf ; 6. Bécasse ; 7. Héron ; 8. Faucon. Dans chaque gens règnent les coutumes suivantes :

1º La gens élit son sachem (chef du temps de paix) et son chef (commandant militaire). Il fallait que le sachem fût choisi dans la gens même, et ses fonctions y étaient héréditaires en ce sens qu’il devait immédiatement y être pourvu à nouveau en cas de vacance ; le commandant militaire pouvait être choisi même en dehors de la gens, et faire même totalement défaut pour un temps. On n’élisait jamais sachem le fils du sachem précédent, parce que, le droit maternel régnant chez les Iroquois, le fils appartenait à une autre gens ; mais on pouvait élire, et l’on élisait souvent, le frère du sachem ou le fils de sa sœur. Tous, hommes et femmes, participaient à cette élection. Mais le choix devait être ratifié par les sept autres gentes, et c’est alors seulement que l’élu était solennellement intronisé par le conseil commun de toute la fédération iroquoise. Nous verrons, par la suite, toute l’importance de ce fait. Le pouvoir du sachem à l’intérieur de la gens était paternel, de caractère purement moral ; le sachem n’avait aucun moyen de coercition. Il était, en outre, et d’office, membre du Conseil de tribu des Senecas et du Conseil fédéral de l’ensemble des Iroquois. Le chef militaire n’avait d’ordres à donner que dans les expéditions guerrières.

2º La gens révoque à son gré le sachem et le chef militaire. Ceci encore est décidé par l’ensemble des hommes et des femmes. Les dignitaires destitués sont ensuite de simples guerriers comme les autres, des particuliers. D’ailleurs, le Conseil de tribu peut également révoquer des sachems, et même contre la volonté de la gens.

3º Aucun membre n’a le droit de se marier dans le sein de la gens. Telle est la règle fondamentale de la gens, le lien qui la maintient unie ; c’est l’expression négative de la très positive parenté consanguine, qui seule fait que les individus qu’elle comprend deviennent une gens. Par la découverte de ce simple fait, Morgan a dévoilé pour la première fois la nature de la gens. Combien la gens avait été peu comprise jusqu’alors, c’est ce que prouvent les récits antérieurs sur les sauvages et les barbares, dans lesquels les différents groupements qui composent l’ordre gentilice sont confondus pêle-mêle, sans qu’on les ait compris, ni distingués, sous les noms de tribus, de clans, de thum, etc., et où l’on prétend de temps à autre que le mariage serait interdit dans le sein de telle ou telle de ces corporations. C’est ainsi que fut créé l’irréparable brouillamini dans lequel Mac Lennan put intervenir comme un autre Napoléon, afin d’y mettre bon ordre par un arrêt souverain : toutes les tribus se partagent en tribus au sein desquelles le mariage est interdit (exogames) et en tribus au sein desquelles le mariage est permis (endogames). Et, après avoir ainsi conduit irrémédiablement cette affaire dans une impasse, il put s’adonner aux recherches les plus profondes pour découvrir laquelle de ces deux classes absurdes était la plus ancienne : l’exogame ou l’endogame. Cette insanité cessa d’elle-même avec la découverte de la gens fondée sur la parenté consanguine et de l’impossibilité qui en résultait pour ses membres de se marier entre eux. Il va de soi qu’au stade où nous trouvons les Iroquois, l’interdiction du mariage au sein de la gens est inviolablement maintenue.

4º Le bien des morts revenait aux autres gentiles, il devait rester dans la gens. Étant donné l’insignifiance de ce que pouvait léguer un Iroquois, l’héritage était partagé entre les parents gentilices les plus proches : si le défunt était un homme, entre ses frères et sœurs utérins et le frère de sa mère ; si c’était une femme, entre ses enfants et ses sœurs utérines, à l’exclusion de ses frères. C’est pour la même raison que le mari et la femme ne pouvaient pas hériter l’un de l’autre, non plus que les enfants ne pouvaient hériter de leur père.

5º Les gentiles se devaient mutuellement aide, protection et en particulier assistance pour venger une injure faite par des étrangers. Chaque individu s’en remettait, pour sa sécurité personnelle, à la protection de la gens, et il pouvait le faire ; celui qui l’offensait, offensait la gens tout entière, C’est de ces liens du sang dans la gens que résultait l’obligation de la vendetta, reconnue sans réserves par les Iroquois. Si un étranger à la gens tuait un de ses membres, toute la gens de la victime était tenue de venger ce meurtre. D’abord, on cherchait une conciliation ; la gens du meurtrier tenait conseil et faisait des propositions d’arrangement au Conseil de la gens de la victime, lui offrant la plupart du temps l’expression de ses regrets et des présents considérables. Si on les agréait, l’affaire était liquidée. Dans le cas contraire, la gens offensée nommait un ou plusieurs vengeurs, qui avaient l’obligation de poursuivre et de mettre à mort le meurtrier. Si cela se produisait, la gens de l’homme exécuté n’avait pas le droit de se plaindre ; le cas était réglé.

6º La gens a des noms déterminés, ou des séries de noms que seule de toute la tribu elle a le droit d’employer, si bien que le nom de chaque individu exprime en même temps à quelle gens il appartient. Un nom gentilice implique d’emblée des droits gentilices.

7º La gens peut adopter des étrangers et, de ce fait, les admettre dans la tribu tout entière. Les prisonniers de guerre qu’on ne tuait pas devenaient ainsi, par adoption dans une gens, membres de la tribu des Senecas et recevaient de ce fait tous les droits de gens et de tribu. L’adoption avait lieu sur la proposition individuelle de certains gentiles, d’hommes qui acceptaient l’étranger pour frère ou pour sœur, de femmes qui l’adoptaient comme enfant ; la réception solennelle dans la gens était nécessaire à la ratification. Souvent, des gentes isolées, exceptionnellement réduites, étaient ainsi renforcées par l’adoption massive de membres d’une autre gens, avec l’agrément de celle-ci. Chez les Iroquois, la réception solennelle dans la gens avait lieu en séance publique du Conseil de tribu, ce qui en faisait véritablement une cérémonie religieuse.

8º Il est difficile de prouver qu’il y ait des cérémonies religieuses spéciales dans les gentes indiennes ; mais les cérémonies religieuses des Indiens se rattachent plus ou moins aux gentes. Aux six fêtes religieuses annuelles des Iroquois, les sachems et les chefs militaires de chaque gens comptaient, en raison de leur charge, parmi les « gardiens de la foi » et avaient des fonctions sacerdotales.

9º La gens a un cimetière commun. Celui-ci a maintenant disparu ; les Iroquois de l’État de New York sont enterrés parmi les Blancs ; mais il existait autrefois. Chez d’autres Indiens il existe encore ; ainsi chez les Tuscaroras, proches parents des Iroquois : bien que chrétiens, ils ont au cimetière une rangée déterminée pour chaque gens, de sorte que la mère y est bien enterrée dans la même rangée que les enfants, mais non le père. Et chez les Iroquois aussi, toute la gens va à l’enterrement du défunt, s’occupe de la tombe, des discours funèbres, etc.

10º La gens a un conseil, assemblée démocratique de tous les gentiles adultes, hommes et femmes, qui tous ont le même droit de vote. Ce conseil élisait les sachems et les chefs militaires, et il les révoquait ; de même pour les autres « gardiens de la foi ». Le Conseil décidait des dons expiatoires (wergeld, prix du sang) ou de la vendetta pour le meurtre de gentiles ; il adoptait des étrangers dans la gens. Bref, il était dans la gens le pouvoir souverain.

Telles sont les attributions d’une gens indienne typique.

« Tous ses membres sont des hommes libres, tenus de protéger leur mutuelle liberté, égaux en droits personnels, – ni les sachems, ni les chefs militaires ne revendiquent de prérogatives quelconques ; ils forment une collectivité fraternelle, unie par les liens du sang. Liberté, égalité, fraternité, sans avoir été jamais formulés, étaient. les principes fondamentaux de la gens, et celle-ci, à son tour, était l’unité de tout un système social, la base de la société indienne organisée. Ceci explique l’indomptable esprit d’indépendance et la dignité de l’attitude personnelle que chacun reconnaît aux Indiens [2]. »

A l’époque de la découverte, les Indiens de toute l’Amérique du Nord étaient organisés en gentes, selon le droit maternel. Dans quelques tribus seulement, comme celle des Dakotas, les gentes avaient disparu, et dans quelques autres, chez les Ojibwas, les Omahas, elles étaient organisées selon le droit paternel.

Dans un très grand nombre de tribus indiennes comptant plus de cinq ou six gentes, nous en trouvons trois, quatre, ou davantage encore, réunies en un groupe particulier que Morgan, traduisant fidèlement le nom indien, appelle phratrie (fraternité), d’après son pendant grec. C’est ainsi que les Senecas ont deux phratries : la première comprend les gentes 1 à 4, la deuxième, les gentes 5 à 8. Une étude plus poussée montre que ces phratries représentent presque toujours les gentes primitives, premières subdivisions de la tribu à son origine ; car chaque tribu, pour pouvoir subsister de façon autonome, devait nécessairement englober au moins deux gentes, le mariage étant interdit au sein de la gens. A mesure que la tribu s’accroissait, chaque gens se scindait à nouveau en deux, ou en plus de deux tronçons, dont chacun apparaît alors comme une gens particulière, tandis que la gens originelle, qui englobe toutes les gentes-filles, subsiste en tant que phratrie. Chez les Senecas et la plupart des autres Indiens, les gentes d’une des phratries sont entre elles des gentes-sœurs, tandis que celles de l’autre phratrie sont leurs gentes-cousines, – termes qui, nous l’avons vu, ont un sens très réel et très expressif dans le système de parenté américain. A l’origine, aucun Seneca n’avait le droit de se marier au sein de sa phratrie, mais cette coutume est, depuis fort longtemps, tombée en désuétude et se limite à la gens. Chez les Senecas, la tradition voulait que l’Ours et le Cerf fussent les deux gentes initiales à partir desquelles les autres s’étaient ramifiées. Une fois que cette nouvelle organisation se fut enracinée, on la modifia selon les besoins ; si des gentes d’une phratrie dépérissaient, on y faisait parfois passer, par compensation, des gentes entières d’autres phratries. C’est pourquoi nous trouvons, dans différentes tribus, les gentes de même nom diversement groupées dans les phratries.

Les fonctions de la phratrie chez les Iroquois sont en partie sociales en partie religieuses. 1º Les phratries jouent au ballon l’une contre l’autre ; chacune délègue ses meilleurs joueurs, les autres regardent le jeu, chaque phratrie ayant sa place particulière, et les spectateurs parient entre eux sur la victoire des leurs. 2º Au Conseil de tribu, les sachems et les chefs militaires de chaque phratrie siègent ensemble, les deux groupes se faisant face, et chaque orateur s’adresse aux représentants de chaque phratrie comme à un corps particulier. 3º Si un meurtre s’était produit dans la tribu, sans que le meurtrier et la victime appartinssent à la même phratrie, la gens offensée en appelait souvent à ses gentes-sœurs ; celles-ci tenaient un Conseil de phratrie et s’adressaient à l’autre phratrie prise comme collectivité, afin que celle-ci réunît également un Conseil pour arranger l’affaire. Ici donc, la phratrie réapparaît comme gens primitive, et avec plus de chances de succès que la gens isolée et plus faible, sa fille. 4º En cas de décès de personnages éminents, la phratrie opposée se chargeait d’organiser l’inhumation et les funérailles, tandis que la phratrie du défunt conduisait le deuil. Un sachem venait-il à mourir, la phratrie opposée annonçait la vacance de la charge au Conseil fédéral des Iroquois. 5º Lors de l’élection d’un sachem, le Conseil de phratrie intervenait également. On considérait comme allant presque toujours de soi la ratification par les gentes-sœurs ; mais les gentes de l’autre phratrie pouvaient faire opposition. Dans ce cas, le Conseil de cette phratrie se réunissait ; s’il maintenait son opposition, l’élection restait sans effet. 6º jadis, les Iroquois avaient des mystères religieux particuliers, appelés par les Blancs medecine-lodges. Ces mystères étaient célébrés chez les Senecas par deux confréries religieuses, avec une initiation en règle pour les nouveaux adeptes ; à chacune des deux phratries, était rattachée une de ces confréries. 7º Si, comme il est à peu près certain, les quatre linages (lignages) qui habitaient les quatre quartiers de Tlaxcala [3] au temps de la conquête, étaient quatre phratries, cela prouve du même coup que les phratries, tout comme chez les Grecs et dans d’autres groupements consanguins analogues chez les Germains, étaient en même temps des unités militaires ; chacun de ces quatre lignages marchait au combat formée en une troupe particulière avec son propre uniforme, avec son propre drapeau et sous le commandement de son chef propre.

De même que plusieurs gentes constituent une phratrie, de même, dans la forme classique, plusieurs phratries constituent une tribu ; en certains cas, dans des tribus sérieusement affaiblies, le chaînon intermédiaire, la phratrie, fait défaut. Qu’est-ce donc qui caractérise une tribu indienne en Amérique ?

1º Un territoire propre et un nom particulier. Chaque tribu possédait encore, en dehors de l’emplacement de son établissement effectif, un territoire considérable pour la chasse et la pêche. Au-delà de ce territoire s’étendait un large espace neutre qui allait jusqu’au territoire de la tribu la plus voisine, et qui était plus étroit entre tribus de langues apparentées, plus large entre tribus de langues différentes. C’est le Grenzwald (la forêt-frontière) des Germains, le désert que les Suèves de César créent autour de leur territoire, l’îsarnholt (en danois, jarnved, limes danicus) entre Danois et Germains, le Sachsenwald et le branibor (en slave : forêt protectrice ; d’où le nom de Brandenbourg) entre les Germains et les Slaves. Ce territoire ainsi délimité par des frontières incertaines était le pays commun de la tribu, reconnu tel par les tribus voisines et défendu par la tribu même contre tout empiètement. La plupart du temps, l’incertitude des frontières ne devenait fâcheuse, dans la pratique, que lorsque la population s’était considérablement accrue. – Il semble que les noms de tribus soient dus le plus souvent au hasard, plutôt qu’intentionnellement choisis ; avec le temps, il arriva fréquemment qu’une tribu fût désignée par les tribus voisines sous un nom autre que celui qu’elle employait elle-même ; de même que les Allemands reçurent des Celtes le premier nom collectif qu’ils portent dans l’histoire, le nom de Germains.

2º Un dialecte particulier, propre à cette seule tribu. En fait tribu et dialecte coïncident ; la formation nouvelle de tribus et de dialectes par suite de scissions se produisait encore récemment en Amérique et sans doute n’a-t-elle pas encore cessé complètement. Là où deux tribus affaiblies ont fusionné, il arrive exceptionnellement qu’on parle dans la même tribu deux dialectes fortement apparentés. L’importance numérique moyenne des tribus américaines reste au-dessous de 2 000 membres ; les Cherokees, pourtant, sont au nombre de 26 000, le plus fort chiffre d’Indiens des États-Unis parlant le même dialecte.

3º Le droit d’investir solennellement de leur autorité les sachems et les chefs militaires élus par les gentes.

4º Le droit de les destituer, même contre la volonté de leur gens. Comme les sachems et les chefs militaires sont membres du Conseil de tribu, ces droits qu’a sur eux la tribu s’expliquent d’eux-mêmes. Là où s’était formée une fédération de tribus, etoù la totalité des tribus était représentée dans un Conseil fédéral, les droits précités passaient à ce Conseil fédéral

5º Un lot de représentations religieuses communes (mythologie) et de cérémonies du culte. « À leur façon barbare, les Indiens étaient un peuple religieux [4]. » Leur mythologie n’a pas encore été l’objet d’une étude critique ; ils imaginaient déjà sous une forme humaine les incarnations de leurs représentations religieuses, – esprits de toutes sortes, – mais le stade inférieur de la barbarie, auquel ils en étaient alors, ne connaît pas encore les figurations plastiques, qu’on appelle des idoles. C’est un culte de la nature et des éléments qui évolue vers le polythéisme. Ces différentes tribus avaient leurs fêtes régulières, avec certaines formes de culte bien déterminées, en particulier la danse et les jeux ; la danse principalement était un élément essentiel de toutes les solennités religieuses ; chaque tribu célébrait les siennes en particulier.

6º Un Conseil de tribu pour les affaires communes. Il était composé de tous les sachems et de tous les chefs militaires des différentes gentes, leurs représentants véritables puisqu’ils pouvaient toujours être destitués ; il délibérait publiquement, entouré des autres membres de la tribu qui avaient le droit d’intervenir et de faire entendre leur opinion ; le Conseil décidait. Dans la règle, tout assistant était entendu s’il le désirait ; les femmes, elles aussi, pouvaient faire exposer leur point de vue par un orateur de leur choix. Chez les Iroquois, la décision finale devait être prise à l’unanimité, comme c’était également le cas pour certaines résolutions dans les communautés de marche germaniques. Il incombait en particulier au Conseil de tribu de régler les relations avec les tribus étrangères ; il recevait et envoyait les ambassades ; il déclarait la guerre et concluait, la paix. Si la guerre éclatait, elle était faite généralement par des volontaires. En principe, chaque tribu était considérée comme en état de guerre avec toute autre tribu, si un traité de paix n’avait pas été expressément conclu entre elles. Des expéditions contre les ennemis de ce genre étaient, pour la plupart, organisées à titre individuel par des guerriers éminents ; ils donnaient une danse guerrière ; ceux qui s’y joignaient exprimaient du même coup qu’ils participaient à l’expédition. La colonne était aussitôt formée et se mettait en marche. De même, la défense du territoire de la tribu attaquée était assurée, la plupart du temps, par des levées de volontaires. Le départ et le retour de ces colonnes donnaient toujours lieu à des réjouissances publiques. L’autorisation du Conseil de tribu n’était pas nécessaire pour des expéditions de ce genre et elle n’était ni sollicitée, ni donnée. C’est tout à fait les expéditions particulières des suites armées germaniques, telles que Tacite nous les décrit, à cette différence près que chez les Germains les suites ont pris un caractère plus permanent, forment un noyau solide, organisé dès le temps de paix et autour duquel les autres volontaires se groupent en cas de guerre. Ces colonnes guerrières étaient rarement nombreuses ; les expéditions les plus importantes des Indiens, même à de grandes distances, étaient accomplies par des forces militaires insignifiantes. Quand plusieurs de ces suites se réunissaient pour une grande entreprise, chacune d’elles n’obéissait qu’à son propre chef ; l’unité du plan de campagne était assurée, tant bien que mal, par un Conseil de ces chefs. C’est de cette façon que les Alamans faisaient la guerre sur le Haut-Rhin, au ive siècle, comme nous en trouvons la description dans Ammien Marcellin.

7º Nous trouvons, dans quelques tribus, un chef suprême, dont les pouvoirs sont pourtant fort réduits. C’est l’un des sachems qui, dans les cas qui exigent une action rapide, doit prendre des mesures provisoires jusqu’au moment où le Conseil peut se réunir et statuer définitivement. C’est, à un stade très rudimentaire, une tentative restée presque toujours stérile dans la suite du développement pour investir un fonctionnaire du pouvoir exécutif ; comme nous le verrons par la suite, ce fonctionnaire aura, dans la plupart des cas, sinon toujours, pour origine le chef militaire suprême.

La grande majorité des Indiens américains n’alla pas au-delà du groupement en tribu. Leurs tribus peu nombreuses, séparées les unes des autres par de vastes zones frontières, affaiblies par des guerres incessantes, occupaient avec peu de gens un immense territoire. Çà et là se constituaient des alliances entre tribus apparentées, sous le coup d’un danger momentané, et elles se dissolvaient avec lui. Mais, dans quelques régions, des tribus originairement parentes, après s’être disloquées, s’étaient regroupées de nouveau en fédérations permanentes, faisant ainsi le premier pas vers la constitution de nations [5]. Aux États-Unis, nous trouvons chez les Iroquois la forme la plus développée d’une fédération de ce genre. Abandonnant leurs territoires à l’ouest du Mississipi, où ils formaient probablement une branche de la grande famille des Dakotas, ils s’établirent après de longues pérégrinations dans l’État actuel de New York et se répartirent en cinq tribus : les Senecas, les Cayougas, les Onondagas, les Oneidas et les Mohawks. Ils vivaient de poisson, de gibier et de jardinage rudimentaire, habitaient des villages qui étaient presque toujours protégés par des palissades. Ne dépassant jamais le chiffre de 20 000, ils avaient dans les cinq tribus un certain nombre de gentes communes, parlaient des dialectes très apparentés d’une même langue et occupaient un territoire d’un seul tenant, partagé entre les cinq tribus. Comme ce territoire avait été récemment conquis, l’union, créée par l’habitude, des tribus victorieuses contre la population refoulée subsistait naturellement ; elle se développa, au plus tard vers le début du XV° siècle, jusqu’à constituer une « confédération éternelle », confédération qui d’ailleurs, sentant ses nouvelles forces, prit aussitôt un caractère agressif. A l’apogée de sa puissance, vers 1675, elle avait conquis alentour de vastes territoires dont elle avait en partie chassé, en partie rendu tributaires les habitants. La confédération des Iroquois présente l’organisation sociale la plus avancée à laquelle soient parvenus les Indiens quand ils n’ont pas dépassé le stade inférieur de la barbarie (à l’exception, par conséquent, des Indiens du Mexique, du Nouveau-Mexique et du Pérou). Voici quelles étaient les règles fondamentales de la confédération :

1º Confédération éternelle des cinq tribus consanguines, sur la base d’une égalité et d’une indépendance complètes dans toutes les affaires intérieures de la tribu. Cette consanguinité formait le véritable fondement de la confédération. Sur les cinq tribus, trois s’appelaient tribus-mères et elles étaient sœurs entre elles, comme l’étaient également les deux autres, qui s’appelaient tribus-filles. Trois gentes – les plus anciennes – étaient encore vivaces et représentées dans toutes les cinq tribus ; trois autres gentes étaient représentées dans trois tribus ; les membres de chacune de ces gentes étaient tous frères entre eux à travers l’ensemble des cinq tribus. La langue commune, avec de simples variantes dialectales, était l’expression et la preuve de la commune origine.

2º L’organe de la confédération était un Conseil fédéral de cinquante sachems, tous égaux par le rang et le prestige ; ce Conseil décidait en dernier ressort dans toutes les affaires de la confédération.

3º Lors de la fondation de la confédération, ces cinquante sachems avaient été répartis entre les tribus et les gentes comme dignitaires de charges nouvelles, expressément créées pour les fins de la confédération. Ils étaient réélus par les gentes intéressées à chaque nouvelle vacance et pouvaient toujours être révoqués par elles ; mais le droit de les investir de leurs fonctions appartenait au Conseil fédéral.

4º Ces sachems fédéraux étaient également sachems dans leurs tribus respectives et avaient siège et voix dans le Conseil de tribu.

5º Toutes les décisions du Conseil fédéral devaient être prises à l’unanimité.

6º Le vote s’effectuait par tribu, de telle façon que chaque tribu et, dans chacune d’elles, tous les membres du Conseil devaient exprimer leur accord pour qu’une décision valable pût être prise.

7º Chacun des cinq Conseils de tribu pouvait convoquer le Conseil fédéral, mais celui-ci ne pouvait se convoquer de lui-même.

8º Les séances avaient lieu devant le peuple assemblé ; chaque Iroquois pouvait y prendre la parole ; le Conseil seul décidait.

9º Personne n’était placé à la tête de la confédération, elle n’avait pas de chef du pouvoir exécutif.

10º Par contre, elle avait deux chefs de guerre suprêmes, avec mêmes attributions et même pouvoir (les deux trois » des Spartiates, les deux consuls à Rome).

C’est là toute la constitution publique sous laquelle les Iroquois vécurent et vivent encore depuis plus de quatre cents ans. je l’ai retracée en détail, d’après Morgan, parce que nous avons ici l’occasion d’étudier l’organisation d’une société qui ne connaît pas encore l’État. L’État suppose un pouvoir public particulier, séparé de l’ensemble des citoyens qui le composent, et Maurer, qui reconnaît avec un sûr instinct la constitution de la marche (Mark) germanique comme une institution purement sociale de nature, essentiellement différente de l’État, bien qu’elle soit appelée à en fournir plus tard la base principale, – Maurer étudie en conséquence, dans tous ses écrits, la formation progressive du pouvoir public à partir et à côté des constitutions primitives des marches, des villages, des seigneuries et des villes. Nous voyons, chez les Indiens de l’Amérique du Nord, comment une peuplade, unie à l’origine, se répand peu à peu sur un immense continent ; comment des tribus, en se scindant, deviennent des peuples, des groupes entiers de tribus ; comment les langues se transforment non seulement jusqu’à devenir incompréhensibles entre elles, mais aussi jusqu’à ce que disparaisse presque toute trace de leur unité primitive ; comment, par ailleurs, au sein des tribus, les différentes gentes se scindent en plusieurs tronçons, les gentes-mères se maintiennent en tant que phratries, et comment les noms de ces plus anciennes gentes se perpétuent dans des tribus fort éloignées les unes des autres et depuis longtemps séparées, – le Loup et l’Ours sont encore des noms gentilices dans la majorité des tribus indiennes. Et la constitution précédemment décrite s’applique en général à toutes ces tribus, – à cette différence près que beaucoup d’entre elles ne sont pas arrivées jusqu’à la confédération entre tribus parentes.

Mais nous voyons aussi à quel point, une fois la gens donnée comme unité sociale, toute la constitution des gentes, des phratries et de la tribu se développe à partir de cette unité avec une nécessité presque inéluctable – parce que naturelle. Toutes trois sont des groupes de consanguinité à des degrés différents, chacun formant un tout et réglant ses propres affaires, mais chacun complétant aussi l’autre. Et le cercle des affaires qui leur incombent englobe l’ensemble des affaires publiques du barbare appartenant au stade inférieur. Donc, partout où nous trouvons chez un peuple la gens comme unité sociale, nous pourrons également chercher une organisation de la tribu semblable à celle que nous avons décrite ; et si nous disposons de sources suffisantes, comme chez les Grecs et les Romains, non seulement nous trouverons cette organisation, mais aussi nous nous convaincrons que, là où les sources nous font défaut, la comparaison avec la constitution sociale américaine nous aide à démêler les doutes et les énigmes les plus difficiles.

Et avec toute son ingénuité et sa simplicité, quelle admirable constitution que cette organisation gentilice ! Sans soldats, gendarmes ni policiers, sans noblesse, sans rois ni gouverneurs, sans préfets ni juges, sans prisons, sans procès, tout va son train régulier. Toutes les querelles et toutes les disputes sont tranchées par la collectivité de ceux que cela concerne, la gens ou la tribu, ou les différentes gentes entre elles, – c’est seulement comme moyen extrême, et rarement appliqué, qu’intervient la menace de vendetta, dont notre peine de mort n’est d’ailleurs que la forme civilisée, nantie de tous les avantages et de tous les inconvénients de la civilisation. Bien que les affaires communes soient en nombre beaucoup plus grand que de nos jours, – l’économie domestique est commune et communiste dans une série de familles, le sol est propriété de la tribu, seuls les petits jardins sont assignés provisoirement aux ménages, – on n’a quand même nul besoin de notre appareil administratif, vaste et compliqué. Les intéressés décident et, dans la plupart des cas, un usage séculaire a tout réglé préalablement. Il ne peut y avoir de pauvres et de nécessiteux – l’économie domestique communiste et la gens connaissent leurs obligations envers les vieillards, les malades, les invalides de guerre. Tous sont égaux et libres – y compris les femmes. Il n’y a pas encore place pour des esclaves, pas plus qu’en général pour l’asservissement de tribus étrangères. Quand. les Iroquois, vers 1651, eurent vaincu les Ériés et la « Nation neutre [6] », ils leur offrirent d’entrer avec des droits égaux dans la confédération ; c’est seulement quand les vaincus s’y refusèrent qu’ils furent chassés de leur territoire. Et quels hommes, quelles femmes produit une pareille société, tous les Blancs qui connurent des Indiens non corrompus en témoignent par leur admiration pour la dignité personnelle, la droiture, la force de caractère et la vaillance de ces barbares.

Quant à cette bravoure, l’Afrique nous en a fourni des exemples tout récents. Les Zoulous, il y a quelques années, les Nubiens [7], – deux tribus chez lesquelles les institutions gentilices ne sont pas encore mortes -, ont fait, il y a quelques mois, ce que ne peut faire aucune armée européenne. Armés seulement de lances et de javelots, sans armes à feu, sous la pluie de balles des fusils à tir rapide de l’infanterie britannique – reconnue la première du monde dans la bataille rangée -, ils se sont avancés jusqu’à ses baïonnettes et l’ont plus d’une fois bousculée et même repoussée, malgré l’énorme disproportion des armes, et bien qu’ils ignorent le service militaire et ne sachent pas ce que c’est que faire l’exercice. Ce qu’ils peuvent endurer et accomplir, les Anglais eux-mêmes en témoignent lorsqu’ils se plaignent qu’un Cafre puisse, en vingt-quatre heures, parcourir plus vite qu’un cheval un plus long chemin ; le plus petit muscle fait saillie, dur et tendu comme une lanière de fouet, dit un peintre anglais.

Voilà ce qu’étaient les hommes et la société humaine, avant que s’effectuât la division en différentes classes. Et si nous comparons leur situation à celle de l’immense majorité des civilisés de nos jours, la distance est énorme entre le prolétaire ou le petit paysan d’aujourd’hui et l’ancien membre libre de la gens.

C’est un des côtés de la chose. Mais n’oublions pas que cette organisation était vouée à la ruine. Elle n’alla pas au delà de la tribu ; la confédération des tribus marque déjà le commencement de leur décadence, comme on le verra plus tard, et comme on l’a déjà vu dans les tentatives d’assujettissement faites par les Iroquois. Ce qui était en dehors de la tribu était en dehors du droit. Là où n’existait pas expressément un traité de, paix, la guerre régnait de tribu à tribu, et la guerre était menée avec la cruauté qui distingue les hommes des autres animaux et qui fut seulement tempérée plus tard par l’intérêt. La constitution gentilice à son apogée, telle que nous l’avons vue en Amérique, impliquait une production tout à fait embryonnaire et, par suite, une population extrêmement clairsemée sur un vaste territoire, donc un asservissement presque complet de l’homme à la nature extérieure qui se dresse devant lui en étrangère et qu’il ne comprend pas, asservissement qui se reflète dans ses puériles représentations religieuses. La tribu restait pour l’homme la limite, aussi bien en face de l’étranger que vis-à-vis de soi-même : la tribu, la gens et leurs institutions étaient sacrées et intangibles, constituaient un pouvoir supérieur donné par la nature, auquel l’individu restait totalement soumis dans ses sentiments, ses pensées et ses actes. Autant les hommes de cette époque nous paraissaient imposants, autant ils sont indifférenciés les uns des autres, ils tiennent encore, comme dit Marx, au cordon ombilical de la communauté primitive. La puissance de cette communauté primitive devait être brisée – elle le fut. Mais elle fut brisée par des influences qui nous apparaissent de prime abord comme une dégradation, comme une chute originelle du haut de la candeur et de la moralité de la vieille société gentilice. Ce sont les plus vils intérêts – rapacité vulgaire, brutal appétit de jouissance, avarice sordide, pillage égoïste de la propriété commune -qui inaugurent la nouvelle société civilisée, la société de classes ; ce sont les moyens les plus honteux – vol, violence, perfidie, trahison – qui sapent l’ancienne société gentilice sans classe, et qui amènent sa chute. Et la société nouvelle elle-même, pendant les deux mille cinq cents ans de son existence, n’a jamais été autre chose que le développement de la petite minorité aux frais de la grande majorité des exploités et des opprimés, et c’est ce qu’elle est de nos jours, plus que jamais.

Notes

[1] MORGAN : Systems of consanguinity and affinity of the human family. Washington, 1871.

[2] MORGAN, op. cit., pp. 85-86.

[3] La ville la plus florissante du Mexique, à l’époque de la conquête, capitale des Téochichimèques. Les quartiers étaient à l’origine des villages (pueblos) qui avaient grandi et dont la réunion avait été le fondement de la citadelle de Tlaxcala.

[4] MORGAN, op. cit., p.113.

[5] Le mot nation n’est pas employé ici dans son sens moderne, mais au sens du latin natio… c’est-à-dire « peuplade, peuple ».

[6] On appelait au XVIIe siècle « Nation neutre » la confédération militaire créée par quelques tribus indiennes apparentées aux Iroquois et vivant sur la rive nord du lac Érié. Ce sont les colonisateurs français qui lui donnèrent ce nom à cause de la neutralité qu’ils observèrent dans les guerres entre tribus iroquoises et huronnes.

[7] Allusion à l’héroïque résistance que les Zoulous opposèrent en 1879 et les Nubiens (sous la direction du mahdi Mohammed Ahmed) en 1881-1883 aux armées de l’Empire britannique.

source

Traven décrit ainsi la démocratie indienne des Indiens Tzeltales du Chiapas :

« Administration indienne et démocratie directe

« A l’occasion de la fête d’investiture, pendant que les cloches sonnent, on fait brûler des feux d’artifice. Il y a de la musique, les gens dansent dans un vacarme joyeux. Le nouveau chef élu est, devant le portail du cabildo, présenté par les délégués de sa tribu au chef sortant et à ses conseillers. Avec cette présentation est terminé l’examen des documents électoraux.

Le chef sortant fait un discours, rédigé sous forme de poésie, en langue indienne vraisemblablement très ancienne. Le nouveau chef y répond avec modestie et courtoisie. Son discours est également formulé en langue indienne et utilise des rimes qui ont très probablement été prévues pour ce genre de cérémonie il y a mille ans ou davantage.

Quand après de nombreux cérémonials le bâton lui est enfin remis, on apporte une chaise. Cette chaise est basse. Elle est faite d’un bois aux entrelacs multiples, ressemblant à du raphia. Le siège est percé à la dimension d’un postérieur d’homme.

Au milieu des rires, des joyeux quolibets et des plaisanteries grivoises des hommes qui assistent en foule à la cérémonie, le nouveau chef abaisse à demi son pantalon de coton blanc et pose son derrière dénudé sur l’ouverture de la chaise. Il tient dans sa dextre le bâton d’ébène à pommeau d’argent représentatif de sa fonction et siège, plein de dignité, le visage tourné vers les hommes de la nation rassemblés devant lui.

Il est assis, sérieux, majestueux, comme s’il allait procéder solennellement à son premier acte officiel.

Les plaisanteries et les rires des hommes qui l’entourent se taisent un instant. On a l’impression que tous veulent écouter avec recueillement les premières paroles importantes de leur nouveau chef. A ce moment arrivent trois hommes envoyés à cette fête par la tribu qui aura à élire le cacique l’année suivante. Ces hommes portent un pot de terre dont les flancs sont percés de nombreux évents. Le pot est empli de braises qui rougeoient avec vivacité, attisées par le moindre souffle d’air.

Dans un discours en langue indienne, dit en vers, l’un des hommes explique le but de l’acte qu’il va accomplir. Dès qu’il a terminé son discours, il place le pot plein de braises sous le postérieur dénudé du nouveau chef. Dans son discours, il a expliqué que ce feu placé sous le derrière du chef dignement assis sur son siège officiel doit lui rappeler qu’il n’y est pas installé pour s’y reposer, mais pour travailler pour le peuple. Il doit demeurer vif et zélé même lorsqu’il est installé officiellement. En outre, il ne doit pas oublier qui a glissé ce feu sous son séant, c’est-à-dire la tribu qui désignera le cacique de l’année à venir, et ceci pour lui mettre en mémoire qu’il ne doit pas se cramponner à sa place, mais la céder dès que son mandat sera écoulé, afin d’éviter un règne à vie ou une dictature qui serait néfaste au bien du peuple. S’il venait jamais à s’accrocher à son poste, on lui mettrait sous les fesses un feu si grand et si long qu’il ne resterait rien de lui ni du siège.

Dès que le pot empli de braises ardentes a été glissé sous le siège, des maximes rimées sont dites par un homme de la tribu dont l’élu se retire, un homme de la tribu qui élira le jefe l’année suivante et un homme de la tribu dont est issu le cacique nouvellement investi. Tant que la récitation des sentences n’est pas terminée, le nouveau chef ne doit pas se lever de son siège. La durée de l’épreuve dépendra de la popularité ou de l’impopularité de l’élu parmi ses frères de race. Les récitants pourront soit psalmodier les rimes lentement et précautionneusement, ou bien les dire avec toute la hâte permise sans trahir ouvertement leur intention. Lorsque l’homme qui doit parler à son tour a l’impression que ceux qui l’ont précédé ont été trop rapides, il a le droit de réparer le dommage très largement par une lenteur redoublée de son discours.

Le chef, quelles que soient ses sensations, ne doit manifester d’aucune manière, grimace ou geste, les effets de la chaleur sur sa personne. Bien au contraire, lorsque tous les aphorismes ont été récités, il ne se relève pas immédiatement, heureux d’en avoir terminé avec la séance de réchauffage ; il reste au contraire assis un bon moment pour bien montrer qu’il n’a pas l’intention de fuir devant les peines que l’exercice de ses fonctions pourraient lui préparer. Assez souvent il se met même à plaisanter, ce qui augmente la gaieté des hommes qui le regardent et attendent avec impatience qu’il laisse apparaître son inconfort pour pouvoir se moquer de lui. Mais plus les plaisanteries sont alertes, plus longtemps il reste assis et plus le respect et la confiance qu’il inspire grandissent.

Il cherche à reporter le ridicule sur les autres. Il dit à l’un : « Alors, gringalet, tu n’as pas de poumons, comment veux-tu donner à ta femme les moyens de faire une bonne soupe si tu es trop faible pour souffler sur le feu sous mon cul pour que je me réchauffe un peu. Hé ! toi, Eliseo, viens ici gratter la glace qui se dépose sur mon derrière. » Les braises sont à peu près éteintes. Le chef se lève lentement. La glace dont il parlait n’est cependant pas tout à fait inoffensive. La peau est couverte de grosses cloques et, en de nombreux endroits, de plaques noirâtres que l’on peut sentir de loin. Un ami s’approche de lui, lui enduit les fesses d’huile et lui applique un pansement de feuilles écrasées tandis qu’un autre lui offre de grands verres de tequila.

Pendant de longues semaines, le nouveau chef n’oubliera pas sur quoi il est assis. Pendant les premiers mois qui suivent son entrée en fonction, cela l’aide considérablement à gouverner selon les désirs exprimés par la nation au cours de son élection.

Dans presque tous les cas, il reste suffisamment de cicatrices sur cette partie cachée de son individu pour qu’il puisse prouver jusqu’à l’âge le plus avancé, grâce à un document inaltérable, qu’il a eu l’honneur d’être élu une fois chef de sa nation, mais aussi pour le soustraire à la tentation de se faire élire à ce poste une seconde fois, ce qui serait contraire aux mœurs de son peuple.

On pourrait très sérieusement conseiller aux prolétaires de mettre en application cette méthode d’élection indienne éprouvée, en particulier à l’égard des fonctionnaires de leurs organisations syndicales et politiques. Pas seulement en Russie, où c’est le plus nécessaire, mais aussi dans tous les pays où Marx et Lénine sont les saints qu’on honore. Les prolétaires en lutte pourraient obtenir des résultats utiles avec bien plus de certitude en mettant chaque année sous les fesses de leurs dirigeants un feu bien attisé.

Aucun chef n’est irremplaçable. Et plus rapidement les nouveaux dirigeants se succèdent sur le siège ardent, plus vivant reste le mouvement.

Ne sois pas timoré, prolétaire. Et encore moins sentimental. »

Matricien, « Les femmes garantes de la première démocratie américaine » :

Les Iroquois (ou Haudenosaunee) connus aussi par l’expression Cinq-Nations comprennent effectivement cinq et puis plus tard six nationsamérindiennes de langues iroquoises vivant historiquement dans le nord de l’État de New York aux États-Unis au sud du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. La plupart des quelques 125 000 Iroquois vivent aujourd’hui en Ontario au Canada et dans l’État de New York. D’autres vivent au Wisconsin, au Québec et en Oklahoma. Seule une petite minorité des Iroquois parle aujourd’hui une des langues iroquoises dont notamment près de 1 500 locuteurs du mohawk dans le village Kahnawake, au sud de Montréal.

Les Iroquois croyaient en une femme-ciel, une déesse-mère qu’ils appelaient Ataensic. Ils disaient qu’un de ses fils jumeaux avait créé le monde avec le corps de sa mère décédée. Ils croyaient que la nature (les animaux, les plantes, etc.) était animée par des esprits.

Les Iroquois sont ceux qui se rapprochent probablement le plus de l’état matriarcal. Le jésuite Joseph-François Lafitau qualifie les sociétés iroquoiennes d’« empire de femmes ». Elles se comportent parfois en véritables guerrières amazones. Les femmes, surtout celles qui sont âgées, sont reconnues pour leur sagesse. Chez ces Indiens, c’étaient les femmes qui arrangeaient les mariages et qui, possédaient maisons et terres. Quelques-unes des plus importantes organisations cérémonielles étaient en bonne partie constituées et dirigées par les femmes et c’était dans leurs rangs qu’on choisissait trois sur six des fonctionnaires rituels de chaque clan. Les femmes nommaient leur candidat lors d’une vacance au conseil des chefs et avaient le droit de désapprouver et même d’empêcher l’élection d’un chef qu’elles jugeaient indigne. Néanmoins, c’est un fait certain que, même parmi les Iroquois, les femmes n’entraient pas dans le conseil suprême de la Ligue.

Les Iroquois vivaient dans des villages de 2000 habitants et plus et étaient jardiniers ou chasseurs. Les deux sexes travaillaient ensemble à la construction des longues-maisons permanentes, habitées par environ vingt-cinq familles. Les familles qui y vivaient en face l’une de l’autre utilisaient le même feu et des séparations délimitaient les zones de sommeil de chaque famille. Comme la plupart des peuplades natives nord américaines, les iroquois furent relativement matriarcaux. Au temps des premiers contacts (autour de 1650), la femme occupe une position sociale enviable si on la compare à celle qui s’impose dans les sociétés occidentales. La fonction procréatrice y est valorisée, les mères exercent une forte autorité sur leurs filles et fils, la femme occupe une place centrale dans le discours religieux, ses connaissances en matière médicale sont reconnues et elle détient souvent un droit de vie ou de mort sur les prisonniers de guerre. La terre est propriété des femmes. Elles ont un droit de véto sur toutes les décisions des hommes. Ce rôle leur donnait même le pouvoir d’inciter les chefs de guerre à organiser des expéditions pour venger la mort des membres de leur famille ou de la même lignée.

Article 44 de la constitution iroquoise : « La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la Nation, elles possèdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang inférieur à celui des mères ».

L’usage d’un objet entraînant sa possession chez les nations sauvages, la Mère, qui a charge de la demeure et de ses provisions, est maîtresse de la maison et de ce qu’elle renferme ; l’homme ne possède que ses armes et ses instruments de pêche et de chasse. Les enfants appartiennent à la mère, qui les a engendrés, nourris, élevés et logés ; la fille lorsqu’elle se marie, ne quitte pas la demeure maternelle ; le mari est un hôte, qui doit lui procurer des vivres. Le foyer servant à la préparation des aliments est propriété de la Mère et de sa fille aînée, quand elle meurt. Les matrones de la longue-maison contrôlaient la répartition de la nourriture et des autres marchandises qui assuraient le bien-être du groupe.

« Parmi les Iroquois…les enfants sont de la tribu de la mère, dans la majorité des nations ; mais la règle, même si elle était universelle depuis l’antiquité, ne l’est plus aujourd’hui. Quand la descendance de la lignée maternelle prévalait, elle était suivie par d’importants résultats, dont le plus remarquable était que la lignée paternelle était constamment déshéritée. Puisque tous les titres ainsi que les propriétés descendaient de la lignée maternelle, et étaient héréditaires, strictement, dans la tribu elle mêle, un fils ne pouvait jamais succéder au titre de son père en tant que Sachem, ni hériter de sa médaille ou de son tomahawk » – McLennan 1970 [1865]:51

Les Iroquois avaient un système similaire de distribution des terres. La tribu possédait toutes les terres, mais attribuait des territoires aux différents clans qui les répartissaient à leur tour entre les ménages pour les cultiver. Le terrain était régulièrement redistribué entre les ménages, au bout de quelques années. Un clan pouvait demander une réaffectation des territoires lors des réunions du Conseil des Mères de clan. Les clans coupables d’abus de terrain ou de négliger celui qui leur était alloué, recevaient un avertissement du Conseil des Mères. La pire punition était l’attribution de leur territoire à un autre clan. La propriété de la terre était l’affaire des femmes, de même que la culture du sol pour la nourriture était leur travail. Le Conseil des Mères réservait aussi certaines portions de terrain pour être travaillées en commun par les femmes de tous les clans. La nourriture produite sur ces terres, appelée kěndiǔ »gwǎ’ge’ hodi’yěn’tho, était consommée lors des fêtes et des grands rassemblements.

La contribution importante des femmes dans l’économie domestique leur faisait accéder à une autonomie importante même si la division socio-sexuée des tâches était très forte et que sa transgression impliquait une mise à l’écart. Femmes et hommes en nombre égal occupaient les fonctions de “gardiens de la foi”, personnes d’influence qui admonestaient les autres pour les infractions morale. Le rôle déterminant dans l’exercice du pouvoir appartenait aux aînés des deux sexes. Ce n’était pas une “gynécocratie” mais une “gérontocratie”. La division sexuelle des rôles était stricte, mais relativement égalitaire ; l’économie ne reposait pas sur l’exploitation d’un groupe par un autre, mais sur la coopération entre les familles et les sexes. La division du travail reflétait le clivage dualiste caractéristique de la culture iroquoise, où les dieux jumeaux Hahgwehdiyu, Jeune Arbre (Est) et Hahgwehdaetgah, Silex (Ouest) personnifiaient la séparation fondamentale entre deux moitiés complémentaires. Le dualisme appliqué au travail attribuait à chaque sexe un rôle clairement défini qui complétait celui de l’autre. Les femmes accomplissaient les tâches liées aux champs et les hommes, celles attachées à la forêt, y compris le défrichement et le travail du bois. Les hommes se chargeaient principalement de la chasse, de la pêche, du commerce et du combat, alors que les femmes s’occupaient de l’agriculture, de la cueillette et des tâches ménagères. Les activités artisanales étaient réparties également entre les sexes. Les hommes réalisaient les constructions et l’essentiel des équipements, y compris les outils utilisés par les femmes pour les travaux des champs, tandis que les femmes assuraient la fabrication du petit matériel de piégeage, des poteries et de la plus grande part des ustensiles ménagers, de l’ameublement, des articles textiles et des vêtements. Cette spécialisation par sexe était la principale façon de diviser le travail dans la société iroquoise. À l’époque de la rencontre avec les Européens, les Iroquoises produisaient environ 65% des biens et les hommes 35%24. En combinant des productions alimentaires différentes et réparties sur presque toute l’année, ce système mixte réduisait les risques de disette et de famine.

« La société iroquoise présente tous les aspects d’une démocratie matrilinéaire, essentiellement orientée vers la culture du maïs (15 qualités), de la courge et du haricot (60 variétés). Tandis que les hommes chassent et pêchent dans les rivières et sur les lacs, les femmes se consacrent aux activités agricoles. De longues « maisons communes » construites en écorce abritent plusieurs familles dont chacune est dotée d’un emblème distinctif (totem)… » – T.C. McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée.

Selon Bruce Johansen (1999), les premiers colons européens ont souvent envié les performances de la production vivrière iroquoise. L’organisation du travail des Iroquois était cohérente avec leur système de propriété du sol : à propriété commune, travail en commun. Pour les tâches difficiles, les femmes constituaient de grands groupes et allaient de champ en champ en s’entraidant pour travailler leurs terres. Pour les semailles menées en commun, une « maîtresse des champs » distribuait à chacune une quantité donnée de semence. Dans chaque groupe, les Iroquoises confiaient à l’une d’entre elles, ancienne, mais active, le rôle de chef des travaux pour l’année à venir, et s’engageaient à suivre ses directives. Les femmes coopéraient aussi en d’autres occasions. Ainsi, elles coupaient elles-mêmes leur bois, mais leur chef en supervisait le transport collectif jusqu’au village. Les clans de femmes assuraient encore de nombreuses tâches et selon Mary Jemison, une blanche qui s’était assimilée à la société indienne, l’effort collectif évitait « toute jalousie entre celles qui en auraient fait plus ou moins que les autres ».

La structure sociale était fondée sur le matriarcat. La cellule de base était matrilinéaire, se composant des descendants, par les femmes, d’une seule d’entre elles. Les femmes vivaient avec leur mari (qui appartenait à une autre cellule matriarcale) dans une seule longue maison. Un village pouvait ne contenir que quelques petites habitations de ce type ou en compter jusqu’à 50. La base de l’organisation sociale était le lignage dont les membres cohabitaient dans une maison longue autour d’une femme âgée. Un village typique comprend un grand nombre de maisons longues en écorce d’orme ou de cèdre. Chaque maison longue abrite plusieurs familles apparentées. Au moment de prendre résidence, le couple observe une tradition matrilocale. Après son mariage, le mari vit dans la maison longue de son épouse. De même, la filiation, le patrimoine et l’héritage suivent un ordre matrilinéaire. Un ou plusieurs ménages forment une matrilinéarité. Plusieurs lignées constituent un clan exogame représenté par un emblème totémique particulier. Les tribus sont formées de 3 à 10 clans dont les membres sont dispersés dans plusieurs villages. Chez certains groupes, les clans sont divisés en deux catégories ou moitiés. Les membres d’un clan et même d’une tribu, chez les Iroquois des Cinq-Nations, se considèrent comme frères et sœurs, indépendamment de leur village.

Les femmes, libres de disposer de leur corps et de leur sexualité, n’étaient pas l’objet d’un échange. La plupart, les Iroquoiens laissaient les femmes maîtresses de leurs relations sexuelles et de leurs sentiments, ne connaissaient pas le viol, s’adonnaient très rarement à la violence conjugale et ne réprouvaient pas le divorce. Ils favorisaient, de plus, une pédagogie de la conviction plutôt qu’une approche répressive pour l’éducation de leurs enfants.

Article 43 de la constitution iroquoise : » les membres d’un clan devront reconnaître comme leurs parents tous les autres membres de ce clan quelle que soit leur nationalité. Les hommes et les femmes d’un même clan ne pourront jamais s’unir ». Plusieurs matriarcats formaient le clan matriarcal qui, en dehors de son importance symbolique et cérémoniale, servait à fixer les règles du mariage. Il était interdit de se marier entre membres d’un clan. La femme demeure dans sa maison ou dans celle de son clan, et jamais dans celle de son mari. L’observation suivante, citée par Morgan, d’après un pasteur protestant qui vécut pendant des années au milieu des Iroquois-Seneca, est typique : « Du temps qu’ils habitaient dans leurs longues maisons (qui pouvaient contenir plusieurs centaines d’individus), un clan prédominait : mais les femmes y introduisaient leurs maris appartenant à d’autres clans. Il était d’usage que les femmes gouvernassent la maison ; les provisions étaient mises en commun : mais malheur au mari ou à l’amant trop paresseux ou trop maladroit pour ne pas contribuer pour sa part aux provisions de la communauté. Quel que fut le nombre de ses enfants et la quantité de biens apportés dans le ménage, il devait s’attendre à recevoir l’ordre de plier sa couverture et de déloger : il serait pour lui dangereux de désobéir. La maison deviendrait trop chaude. Il ne lui restait que de retourner dans son propre clan, ou, ce qui arrivait le plus souvent, il allait chercher un nouveau ménage dans un autre clan. Les femmes étaient le grand pouvoir des clans. Elles n’hésitaient pas, lorsque la circonstance le requérait, à faire sauter les cornes (le signe du commandement) de la tête des chefs et à les faire rentrer dans les rangs des simples guerriers. L’élection des chefs dépendait toujours d’elles ».

“Dans les villages iroquois, la terre était possédée en commun et travaillée en commun. La chasse était faite ensemble, et les prises étaient divisées entre tous les membres du village. Les maisons étaient considérées comme étant propriété commune et étaient partagées par plusieurs familles. Le concept de propriété privée de terrain ou de maison était complètement étranger aux Iroquois… Les femmes étaient très importantes dans la société iroquoise. Les familles suivaient une descendance matrilinéaire, c’est à dire que la lignée familiale descendait par rapport aux femmes, dont les maris rejoignaient les familles, tandis que les fils rejoignaient les familles de leurs épouses lorsqu’ils se mariaient. Les familles vivaient dans les ‘longues maisons’ et lorsqu’une femme voulait divorcer, elle mettait les affaires de son mari sur le pas de la porte.” – Howard Zinn, “Une histoire populaire des Etats-Unis”, 1980

Le jésuite Joseph-François Lafitau présente la société iroquoienne comme un véritable matriarcat : « C’est dans les femmes que consiste la Nation, la Noblesse du sang, et de la conservation des familles. C’est en elles que réside toute l’autorité réelle. Le pays, les champs et toute leur récolte leur appartiennent. Elles sont l’âme des conseils, les arbitres de la paix et de la guerre. Elles conservent le fisc ou le trésor public. C’est à elles qu’on donne les esclaves. […] Les hommes au contraire sont entièrement isolés et bornés à eux-mêmes. » La société iroquoise était organisée en confédération tribale, gérée par des conseils démocratiques. Selon leur constitution, le pouvoir ultime de trancher et le pouvoir de veto sur les décisions votées à l’unanimité est accordé aux Mères de clans, les royaneh femmes, les « citoyennes » les plus influentes de la Confédération. Elles détiennent aussi le pouvoir de nommer de nouveaux chefs ou de les destituer. Le titre de sachem (chef civil) était par défaut transmis par la mère. Article 36 : » les femmes sont les héritières des titres des chefs confédérés, aussi bien que de ceux des chefs de guerre «  Les femmes les plus sages ou les plus âgées peuvent ainsi casser un chef politique, en cas de défaut de confiance, d’erreur politique ou d’injustice sociale. Le vol, le mensonge, l’irrespect des lois et l’accumulation de richesses étaient durement réprimés. Un bon politique, c’est à dire un bon chef, était nommé à vie pour sa générosité, son intelligence, son bon sens, sa rhétorique et sa probité. Article 39 : » Un chef de guerre qui agit contrairement aux lois de la Grande Paix peut être déposé par les femmes et par les hommes de sa nation, séparément ou conjointement. Après cela les femmes, détentrices des titres, choisiront le candidat. » L’article 53 stipule : » Lorsque les femmes royaneh, détentrices du titre de chef, choisissent un de leurs fils comme candidat, elles doivent en choisir un qui inspire une confiance totale, qui est bienveillant et honnête, qui sait s’occuper de ses propres affaires, qui soutient sa famille et qui a obtenu la confiance de sa nation ». Article 95 : » Les femmes de chaque clan doivent avoir un Feu du Conseil constamment allumé et prêt à accueillir une assemblée. Si, selon elles, il est nécessaire pour le peuple de tenir un conseil, alors il sera tenu et la décision qui en découlera sera transmise au Conseil de la Confédération par le Chef de Guerre. » Les mères sont les détentrices du pouvoir réel et les gardiennes du feu. Il n’y a pas ici la stricte égalité du bulletin de vote qui d’ailleurs ne veut rien dire sur le plan de l’égalité entre hommes et femmes. Mais il y a un équilibre, une égalité dans la répartition des responsabilités politiques, économiques et sociales entre hommes et femmes. Pour départager un conflit politique, le pouvoir de trancher et de départager n’est pas attribué à une institution supérieure qui couvre les autres et dont les membres seraient sélectionnés parmi les citoyens par des procédés toujours et forcément contestables, peu démocratiques. Au contraire, ce pouvoir de trancher appartient à la communauté des mères, à celles qui exercent ou ont exercé la responsabilité humaine de donner la vie. Comme chez les gaulois et les celtes, ce sont donc elles qui vont décider en dernier lieu si leurs hommes, leurs enfants vont partir ou non à la guerre. Les querelles intestines entre petits chefs désirants devenir de grands chefs n’existent pas car les institutions ne le permettent pas et d’autre part parce que les mères ont le pouvoir de casser un chef mauvais ou belliqueux.

Pierre Bouchard, « La planète des hommes » :

« D’autres sociétés, comme les Iroquois, ont constitué des systèmes où les enfants appartiennent à la mère et portent le nom de la mère. Les enfants portent le nom de la mère, qui elle-même porte le nom de sa mère. Autour de ce noyau s’organise une société où la femme a plus d’importance dans la lignée. La lignée devient une référence pour le clan qui lui-même est un groupe de lignées.

Il y avait trois clans principaux chez les Iroquoiens : l’ours, le loup et la tortue. La plus vieille mère, la plus vieille ourse, la plus vieille louve ou la plus vieille tortue devient la mère du clan. Cette femme devient une référence pour le clan. Ensemble, les mères de clans vont nommer les chefs, orienter la politique et jouer des jeux politiques déterminants. Ce sont elles qui décident, mais d’une manière secrète, cachée.

Dans une société où les femmes contrôlent à la fois les enfants, les récoltes et donc l’économie, la reproduction, la politique, il reste un problème : comme la femme ne peut déléguer le pouvoir d’avoir des enfants, elle doit toujours rester près de sa progéniture, c’est-à-dire du foyer. Comment rester au foyer et dominer la vie sociale en même temps ? Voilà la grande question à laquelle toutes les sociétés matriarcales du monde ont eu à répondre. Pour contrôler les enfants et la maison, il leur a fallu éloigner le géniteur, dévaloriser le père biologique.

Mais en même temps, il a fallu chercher un autre homme pour prendre la responsabilité des enfants, un homme moins dangereux, qui appartient à la famille. Il faut dire que chez les Iroquois, on n’épouse pas une personne de son propre clan : une femme ourse n’épousera pas un homme ours, c’est interdit. Il lui faut trouver un homme loup ou tortue. L’autre homme responsable des enfants sera donc le frère de la femme. Il n’est pas dangereux : il est de la famille. Le frère va donc s’occuper des enfants de sa sœur. Ce père est un père culturel et il est plus important que le père biologique. Bien sûr, le père biologique aime ses enfants, mais il apprend à aimer ceux que sa culture lui impose, les humains sont des êtres culturels. Voilà comment les femmes iroquoises protégeaient leur pouvoir domestique et politique.

L’autre façon de protéger ce pouvoir est d’éloigner les géniteurs et les hommes de façon générale. Les femmes faisaient les enfants, mais elles étaient aussi gardiennes des graines et des semences. Elles connaissaient l’agriculture. La relation entre les femmes et l’agriculture est très ancienne ; faire de l’agriculture, c’est aussi faire de la reproduction. Il a donc fallu inventer un rôle pour les hommes. On en a fait des voyageurs, des commerçants. A eux de faire des échanges commerciaux ! A cette fonction économique s’est ajoutée une fonction politique, celle de faire la guerre. Les guerriers sont de plus en plus rentrés dans un rituel d’égalisation : les autres ont tué quelqu’un de chez nous, il faut tuer quelqu’un de chez eux. De plus, il faut protéger le territoire, établir des routes pour le commerce et les protéger. Résultat ? L’homme est pratiquement toujours absent. Il revient pour se reproduire, mais la plupart du temps, il est au loin. Ce monde est divisé en deux : un monde de femmes, établi dans la continuité, dans la « longue maison », et un monde d’hommes en voyage. (…)

L’homme iroquoien avait une femme qui était sa femme, ils se mariaient. Selon les ethnographies de la vie quotidienne, les hommes étaient très actifs, souvent en voyage et peu « à la maison ». L’univers domestique n’était pas celui de la famille nucléaire que nous connaissons, avec papa-maman-enfants. Il était construit autour de maisons communales, de maisons claniques. Le père était avec son clan, en voyage, pour le commerce et la guerre. Et quand il rentrait chez lui, il habitait dans la maison de son clan, qui n’était pas la maison de sa femme, puisqu’elle appartenait à un clan différent. Il vivait donc dans la maison de sa sœur, la maison de sa mère. Mais pour la reproduction, les rencontres étaient très rapides, il n’y avait pas d’intimité prolongée pour faire des enfants. Les rituels de reproduction n’étaient pas très sophistiqués, ils étaient rapides et pouvaient se pratiquer n’importe où. Dans les sociétés iroquoiennes d’il y a 300 ou 500 ans, on ne pouvait imaginer une vie quotidienne en face-à-face constant. Du temps des « longues maisons », ces maisons vraiment claniques, ces foyers féminins où l’on vivait entre femmes du même clan, les hommes ne pouvaient pas entrer à l’improviste. Ils n’étaient pas chez eux. »

Darmangeat, en théoricien en anthropologie de l’anticommunisme, essaie de contredire les faits sur le collectivisme iroquois !!!!

Matriarcat iroquois

Quand les tribus Iroquoises se battaient contre la colonisation française de l’Amérique

The Iroquois Ancient Society, Lewis H. Morgan

Elisabeth Tooker, ”Lewis H. Morgan on Iroquois Material Culture”

“The Iroquois”

“The Iroquois, the Six Nations Confederacy”

Les Iroquois pour wikipedia

Le modèle démocratique et matriarcal iroquois

Le « collectiviste Darmangeat de LO ironise sur le « collectivisme iroquois »

La confédération des 6 nations iroquoises

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