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Qu’était la sociĂ©tĂ© des indiens Iroquois ?

mardi 10 septembre 2019, par Robert Paris

Qu’était la sociĂ©tĂ© des indiens Iroquois ?

« Des monts Adirondacks jusqu’aux Grands Lacs, sur le territoire actuel de la Pennsylvanie et du nord de l’Etat de New York, vivait le plus puissant groupe de population du Nord-Est amĂ©ricain : la confĂ©dĂ©ration iroquoise, qui rĂ©unissait les Mohawks, les Oneidas, les Onondagas, les Cayugas et les Senecas. Des milliers de gens unis par une langue commune : l’iroquois.

Dans la vision du chef mohawk, Hiawatha, le lĂ©gendaire Dekanawida s’adressait aux Iroquois en ces termes : « nous sommes unis, tous ensemble, par le grand cercle que forment nos mains. Un cercle si fort que, si un arbre venait Ă  tomber dessus, il ne tremblerait ni ne se romprait. Ainsi, notre peuple et nos petits-enfants resteront dans le cercle en parfaite sĂ©curitĂ©, dans la paix et le bonheur. »

Dans les villages iroquois, la terre était détenue et travaillée en commun. La chasse se faisait en groupe et les prises étaient partagées entre les membres du village. Les habitations étaient considérées comme des propriétés communes et abritaient plusieurs familles. La notion de propriété privée des terres et des habitations étaient parfaitement étrangÚres aux Iroquois.

Un pĂšre jĂ©suite français qui les rencontra en 1650 Ă©crivait :

« Nul besoin d’hospices chez eux car ils ne connaissant pas plus la mendicitĂ© que la pauvretĂ©. (
) Leur gentillesse, leur humanitĂ© et leur courtoisie les rendent non seulement libĂ©raux en ce qui concerne les possessions mais font qu’ils ne possĂšdent pratiquement rien qui n’appartienne Ă©galement aux autres. »

Les femmes jouaient un rĂŽle important et avaient un statut respectĂ© dans la sociĂ©tĂ© iroquoise. En effet, le lignage s’organisait autour de ses membres fĂ©minins dont les maris venaient rejoindre la famille. Chaque famille Ă©largie vivait dans la « grande maison » et lorsqu’une femme dĂ©sirait se sĂ©parer de son mari elle dĂ©posait simplement les affaires de ce dernier devant la porte.

Les familles formaient des clans et une douzaine ou plus de clans pouvaient former un village. Les femmes les plus ùgées du village désignaient les hommes habilités à représenter le clan aux conseils de village et de tribu.

Elles dĂ©signaient Ă©galement les quarante-neuf chefs qui composaient le grand conseil de la ConfĂ©dĂ©ration des cinq nations iroquoises. Elles assistaient aux rĂ©unions de clans, se tenaient derriĂšre le cercle formĂ© par les hommes qui discutaient et votaient les dĂ©cisions. Si ces derniers allaient dans un sens trop Ă©loignĂ© de celui qu’elles souhaitaient, elles pouvaient les dĂ©mettre et les remplacer.

Les femmes surveillaient Ă©galement les rĂ©coltes et s »occupaient de l’administration gĂ©nĂ©rale du village tant que les hommes Ă©taient Ă  la chasse ou Ă  la pĂȘche. En outre, comme elles fournissaient les mocassins et la nourriture pour les expĂ©ditions guerriĂšres, elles avaient Ă©galement un certain contrĂŽle sur les affaires militaires.

Comme le fait remarquer Gary B. Nash dans son fascinant ouvrage sur les premiĂšres annĂ©es de l’AmĂ©rique, « Red, Blacks and Whites », « le pouvoir Ă©tait donc bien l’affaire des deux sexes, et l’idĂ©e europĂ©enne d’une domination masculine et d’une sujĂ©tion fĂ©minine en toutes choses Ă©tait remarquablement Ă©trangĂšre Ă  la sociĂ©tĂ© iroquoise ».

On enseignait aux enfants iroquois aussi bien l’hĂ©ritage culturel de leur peuple et la nĂ©cessaire solidaritĂ© entre tribus que le devoir de ne pas plier devant un quelconque abus d’autoritĂ©. On leur enseignait aussi l’égalitĂ© des statuts et le partage des possessions.

Les Iroquois ne punissaient jamais cruellement les enfants. Le sevrage et la toilette n’étaient pas imposĂ©s autoritairement et les enfants Ă©taient autorisĂ©s Ă  franchir graduellement et de façon autonome ces Ă©tapes de leur Ă©ducation.

Tout cela, bien sĂ»r, jurait parfaitement avec les valeurs europĂ©ennes que les premiers colons apportĂšrent avec eux : une sociĂ©tĂ© divisĂ©e en pauvres et riches, contrĂŽlĂ©e par les prĂȘtres, par les gouverneurs, et par les hommes en ce qui concernait la vie familiale.

Par exemple, le pasteur de la colonie des PĂšres PĂšlerins, John Robinson, donnait Ă  ses paroissiens les conseils suivants sur l’éducation des enfants :

« AssurĂ©ment, il y a en chaque enfant une obstination, une intrĂ©piditĂ© d’esprit, fruits d’une fiertĂ© naturelle qu’il faut absolument rabattre et briser. Ainsi, les fondements de l’éducation Ă©tant assimilĂ©s avec humilitĂ© et docilitĂ©, d’autres vertus pourront venir, en leur temps, s’y adjoindre. »

Guy Nash dĂ©peint ainsi la culture iroquoise :

« Nulle loi ni ordonnance, ni shĂ©rifs ni gendarmes ni juges ni jurys ni cours de justice ni prisons – tout ce qui compose l’appareil autoritaire des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes -, rien de tout cela n’existait dans les forĂȘts du Nord-Est amĂ©ricain avant l’arrivĂ©e des EuropĂ©ens. Pourtant, les limites du comportement acceptable y Ă©taient clairement dĂ©terminĂ©es. Bien que mettant en avant la notion d’individu autonome, les Iroquois n’en avaient pas moins un sens aigu du bien et du mal. (
) Celui qui volait de la nourriture ou se conduisait lĂąchement au combat Ă©tait « couvert de honte » par son peuple et mis Ă  l’écart de la communautĂ© jusqu’à ce qu’il eĂ»t expiĂ© sa faute par ses actes et apportĂ© la preuve, Ă  la plus grande satisfaction de ses congĂ©nĂšres, qu’il s’était moralement purifiĂ© de lui-mĂȘme. »

source

La plupart des Ă©crits français sur les Iroquois ne s’intĂ©ressent qu’à la guerre de conquĂȘte de la France contre les Indiens et les Anglais, dans laquelle les Iroquois jouaient un rĂŽle central et ont provoquĂ© une violente dĂ©faite de la France. Cependant, les Iroquois ont un tout autre intĂ©rĂȘt, en tant que civilisation, et cela bien avant qu’Anglais et Français ne dĂ©barquent pour coloniser


Le site « Peuples amĂ©rindiens » Ă©crit :

« Les Iroquois (encore appelĂ©s « Haudenosaunee » ou « peuple des maisons longues ») connus aussi par l’expression « Cinq-Nations » comprennent effectivement cinq et puis plus tard six nations amĂ©rindiennes de langues iroquoises vivant historiquement dans le nord de l’État de New York aux États-Unis au sud du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. La plupart des quelques 125 000 Iroquois vivent aujourd’hui en Ontario au Canada et dans l’État de New York. D’autres vivent au Wisconsin, au QuĂ©bec et en Oklahoma. Seule une petite minoritĂ© des Iroquois parle aujourd’hui une des langues iroquoises dont notamment prĂšs de 1 500 locuteurs du mohawk dans le village Kahnawake, au sud de MontrĂ©al.

Ces nations indiennes unies de la confĂ©dĂ©ration iroquoise sont les Senecas, les Cayugas, les Onondagas, les Oneida, les Mohawks, les Tuscaroras. »

source

Howard Zinn dĂ©crit ainsi la sociĂ©tĂ© iroquoise dans « Une histoire populaire des Etats-Unis » :

« Aux environs de l’an 500 de notre Ăšre, tandis que cette culture des Moudbuilders (vallĂ©e de l’Ohio) commençait Ă  dĂ©cliner, une autre civilisation se dĂ©veloppait plus Ă  l’ouest, dans la vallĂ©e du Mississipi, centrĂ©e sur l’actuelle rĂ©gion de Saint Louis. Cette civilisation avait dĂ©veloppĂ© une agriculture sophistiquĂ©e et rĂ©unissait des milliers de villages, Ă©difiant Ă©galement prĂšs d’une mĂ©tropole indienne qui semble avoir abritĂ© quelque trente mille personnes, de grands tumulus de terre qui faisaient office de sĂ©pultures ou de lieux cĂ©rĂ©moniels. le plus grand de ces Ă©difices avait 300 mĂštres de haut et une base plus grande que celle de la Grande Pyramide d’Egypte. Dans cette citĂ©, appelĂ©e Cahokia, on trouvait fabricants d’outils, tanneurs, potiers, bijoutiers, tisserands, saliniers, graveurs sur cuivre ainsi que de talentueux cĂ©ramistes. On y a Ă©galement dĂ©couvert un suaire funĂ©raire composĂ© de douze mille perles de coquillages.

Des monts Adirondacks jusqu’aux Grands Lacs, sur le territoire actuel de la Pennsylvanie et du nord de l’Etat de New York, vivait le plus puissant groupe de population du Nord-Est amĂ©ricain : la ConfĂ©dĂ©ration iroquoise, qui rĂ©unissait les Mohawks (« le peuple du Silex »), les Oneidas (« le peuple de la Pierre »), les Onondagas (« le peuple de la Montagne »), les Cayugas (« le peuple de la Terre ») et les Senecas (« le peuple de la Grande Colline »). Des milliers de gens unis par une langue commune : l’iroquois.

Dans la vision du chef mohawk, Hiawatha, le lĂ©gendaire Dekanawida s’adressait aux Iroquois en ces termes : « Nous sommes unis, tous ensemble, par le grand cercle que forment nos mains. Un cercle si fort que si un arbre venait Ă  tomber dessus il ne tremblerait ni ne se romprait. Ainsi, notre peuple et nos petits-enfants resteront dans le cercle en parfaite sĂ©curitĂ©, dans la paix et le bonheur. »

Dans les villages iroquois, la terre était détenue et travaillée en commun. La chasse se faisait en groupe et les prises étaient partagées entre les membres du village. Les habitations étaient considérées comme des propriétés communes et abritaient plusieurs familles. La notion de propriété privée des terres et des habitations étaient parfaitement étrangÚre aux Iroquois
.

Les femmes jouaient un rĂŽle important et avaient un statut respectĂ© dans la sociĂ©tĂ© iroquoise. En effet, le lignage s’organisait autour de ses membres fĂ©minins dont les maris venaient rejoindre la famille. Chaque famille Ă©largie vivait dans la « grande maison » et lorsqu’une femme dĂ©sirait se sĂ©parer de son mari elle dĂ©posait simplement les affaires de ce dernier devant la porte.

Les familles formaient des clans et une douzaine ou plus de clans pouvaient former un village. Les femmes les plus ĂągĂ©es du village dĂ©signaient les hommes habilitĂ©s Ă  reprĂ©senter le clan aux conseils de village et de tribu. Elles dĂ©signaient Ă©galement les quarante-neuf chefs qui composaient le grand conseil de la ConfĂ©dĂ©ration des cinq nations iroquoises. Elles assistaient aux rĂ©unions de clans, se tenaient derriĂšre le cercle formĂ© par les hommes qui discutaient et votaient les dĂ©cisions. Si ces derniers allaient dans un sens trop Ă©loignĂ© de celui qu’elles souhaitaient, elles pouvaient les dĂ©mettre et les remplacer.

Les femmes surveillaient Ă©galement les rĂ©coltes et s’occupaient de l’administration gĂ©nĂ©rale du village tant que les hommes Ă©taient Ă  la chasse ou Ă  la pĂšche. En outre, comme elles fournissaient les mocassins et la nourriture pour les expĂ©ditions guerriĂšres, elles avaient Ă©galement un certain contrĂŽle sur les affaires militaires


On enseignait aux enfants iroquois aussi bien l’hĂ©ritage culturel de leur peuple et la nĂ©cessaire solidaritĂ© entre tribus que le devoir de ne pas plier devant un quelconque abus d’autoritĂ©. On leur enseignait aussi l’égalitĂ© des statuts et le partage des possessions. Les Iroquois ne punissaient jamais cruellement leurs enfants. Le sevrage et la toilette n’étaient pas imposĂ©s autoritairement et les enfants Ă©taient autorisĂ©s Ă  franchir graduellement et de façon autonome ces Ă©tapes de leur Ă©ducation


Gary Nash dĂ©peint ainsi la culture iroquoise : « Nulle loi, ni ordonnance, ni shĂ©rifs, ni gendarmes, ni juges, ni jurys, ni cours de justice, ni prisons – tout ce qui compose l’appareil autoritaire des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes -, rien de tout cela n’existait dans les forĂȘts du Nord-Est amĂ©ricain avant l’arrivĂ©e des EuropĂ©ens. »

Friedrich Engels dans « L’origine de la famille, de la propriĂ©tĂ© privĂ©e et de l’Etat » :

« Nous en venons maintenant Ă  une autre dĂ©couverte de Morgan, d’une importance au moins Ă©gale Ă  celle de la reconstitution des formes primitives de la famille en partant des systĂšmes de parentĂ©. Morgan a prouvĂ© que les groupes de consanguins, dĂ©signĂ©s par des noms d’animaux Ă  l’intĂ©rieur d’une tribu d’Indiens amĂ©ricains, sont essentiellement identiques aux genea des Grecs, aux gentes des Romains ; que la forme amĂ©ricaine est la forme originelle, tandis que la forme grĂ©co-romaine est la forme ultĂ©rieure, dĂ©rivĂ©e ; que toute l’organisation sociale des Grecs et des Romains des temps primitifs en gens, phratrie et tribu a son parallĂšle exact dans l’organisation sociale amĂ©ricano-indienne ; que la gens (autant que nos sources nous permettent jusqu’ici d’en juger) est une institution commune Ă  tous les barbares jusqu’à leur entrĂ©e dans la civilisation, et mĂȘme plus tard encore. Et cette preuve a, d’un seul coup, Ă©lucidĂ© les parties les plus difficiles de l’histoire grecque et romaine la plus ancienne et nous a donnĂ© en mĂȘme temps des Ă©claircissements insoupçonnĂ©s sur les traits fondamentaux du rĂ©gime social des temps primitifs, – avant l’instauration de l’État. Pour si simple que paraisse la chose une fois qu’on la connaĂźt, Morgan ne l’a pourtant dĂ©couverte que rĂ©cemment ; dans son ouvrage prĂ©cĂ©dent, paru en 1871 [1], il n’avait pas encore percĂ© le mystĂšre dont la rĂ©vĂ©lation a depuis rĂ©duit [pour un temps] au plus complet silence les prĂ©historiens anglais, gĂ©nĂ©ralement si pleins d’assurance.

Le mot latin gens, que Morgan emploie d’une façon gĂ©nĂ©rale pour dĂ©signer ce groupe de consanguins, vient, tout comme le mot grec correspondant genos, de la racine aryenne commune gan (en germanique oĂč, d’aprĂšs la rĂšgle, k remplace le g aryen, kan) qui signifie engendrer. Gens, genos, en sanscrit dianas, en gothique (selon la rĂšgle prĂ©citĂ©e) kuni, en norois et en anglo-saxon kyn, en anglais kin, en moyen haut-allemand kĂŒnne veulent uniformĂ©ment dire race, lignĂ©e. Mais gens en latin, genos en grec s’appliquent spĂ©cialement au groupe consanguin qui se vante d’une descendance commune (ici, d’un ancĂȘtre commun de la tribu), et qui est uni par certaines institutions sociales et religieuses en une communautĂ© particuliĂšre, mais dont l’origine et la nature Ă©taient cependant restĂ©es obscures jusqu’ici pour tous nos historiens.

Nous avons dĂ©jĂ  vu prĂ©cĂ©demment, Ă  propos de la famille punaluenne, quelle est, dans sa forme primitive, la composition d’une gens. Elle se compose de toutes les personnes qui, par le mariage punaluen et d’aprĂšs les conceptions qui y rĂšgnent nĂ©cessairement, forment la descendance reconnue d’une mĂȘme aĂŻeule bien dĂ©terminĂ©e, fondatrice de la gens. Comme la paternitĂ© est douteuse dans cette forme de famille, seule compte la filiation fĂ©minine. Comme les frĂšres n’ont pas le droit d’épouser leurs sƓurs, mais seulement des femmes d’une autre lignĂ©e, les enfants procréés avec ces femmes Ă©trangĂšres tomberont donc, en vertu du droit maternel, en dehors de la gens. Par consĂ©quent, seuls les descendants des filles de chaque gĂ©nĂ©ration resteront dans le groupe ; les descendants des fils passeront aux gentes de leurs mĂšres. Qu’adviendra-t-il maintenant de ce groupe consanguin, dĂšs qu’il se constituera comme groupe particulier, en face de groupes semblables, au sein d’une mĂȘme tribu ?

Comme forme classique de cette gens primitive, Morgan prend la gens des Iroquois, et plus spĂ©cialement celle de la tribu des Senecas. Dans cette tribu, il y a huit gentes qui portent des noms d’animaux : 1. Loup ; 2. Ours ; 3. Tortue ; 4. Castor ; 5. Cerf ; 6. BĂ©casse ; 7. HĂ©ron ; 8. Faucon. Dans chaque gens rĂšgnent les coutumes suivantes :

1Âș La gens Ă©lit son sachem (chef du temps de paix) et son chef (commandant militaire). Il fallait que le sachem fĂ»t choisi dans la gens mĂȘme, et ses fonctions y Ă©taient hĂ©rĂ©ditaires en ce sens qu’il devait immĂ©diatement y ĂȘtre pourvu Ă  nouveau en cas de vacance ; le commandant militaire pouvait ĂȘtre choisi mĂȘme en dehors de la gens, et faire mĂȘme totalement dĂ©faut pour un temps. On n’élisait jamais sachem le fils du sachem prĂ©cĂ©dent, parce que, le droit maternel rĂ©gnant chez les Iroquois, le fils appartenait Ă  une autre gens ; mais on pouvait Ă©lire, et l’on Ă©lisait souvent, le frĂšre du sachem ou le fils de sa sƓur. Tous, hommes et femmes, participaient Ă  cette Ă©lection. Mais le choix devait ĂȘtre ratifiĂ© par les sept autres gentes, et c’est alors seulement que l’élu Ă©tait solennellement intronisĂ© par le conseil commun de toute la fĂ©dĂ©ration iroquoise. Nous verrons, par la suite, toute l’importance de ce fait. Le pouvoir du sachem Ă  l’intĂ©rieur de la gens Ă©tait paternel, de caractĂšre purement moral ; le sachem n’avait aucun moyen de coercition. Il Ă©tait, en outre, et d’office, membre du Conseil de tribu des Senecas et du Conseil fĂ©dĂ©ral de l’ensemble des Iroquois. Le chef militaire n’avait d’ordres Ă  donner que dans les expĂ©ditions guerriĂšres.

2Âș La gens rĂ©voque Ă  son grĂ© le sachem et le chef militaire. Ceci encore est dĂ©cidĂ© par l’ensemble des hommes et des femmes. Les dignitaires destituĂ©s sont ensuite de simples guerriers comme les autres, des particuliers. D’ailleurs, le Conseil de tribu peut Ă©galement rĂ©voquer des sachems, et mĂȘme contre la volontĂ© de la gens.

3Âș Aucun membre n’a le droit de se marier dans le sein de la gens. Telle est la rĂšgle fondamentale de la gens, le lien qui la maintient unie ; c’est l’expression nĂ©gative de la trĂšs positive parentĂ© consanguine, qui seule fait que les individus qu’elle comprend deviennent une gens. Par la dĂ©couverte de ce simple fait, Morgan a dĂ©voilĂ© pour la premiĂšre fois la nature de la gens. Combien la gens avait Ă©tĂ© peu comprise jusqu’alors, c’est ce que prouvent les rĂ©cits antĂ©rieurs sur les sauvages et les barbares, dans lesquels les diffĂ©rents groupements qui composent l’ordre gentilice sont confondus pĂȘle-mĂȘle, sans qu’on les ait compris, ni distinguĂ©s, sous les noms de tribus, de clans, de thum, etc., et oĂč l’on prĂ©tend de temps Ă  autre que le mariage serait interdit dans le sein de telle ou telle de ces corporations. C’est ainsi que fut créé l’irrĂ©parable brouillamini dans lequel Mac Lennan put intervenir comme un autre NapolĂ©on, afin d’y mettre bon ordre par un arrĂȘt souverain : toutes les tribus se partagent en tribus au sein desquelles le mariage est interdit (exogames) et en tribus au sein desquelles le mariage est permis (endogames). Et, aprĂšs avoir ainsi conduit irrĂ©mĂ©diablement cette affaire dans une impasse, il put s’adonner aux recherches les plus profondes pour dĂ©couvrir laquelle de ces deux classes absurdes Ă©tait la plus ancienne : l’exogame ou l’endogame. Cette insanitĂ© cessa d’elle-mĂȘme avec la dĂ©couverte de la gens fondĂ©e sur la parentĂ© consanguine et de l’impossibilitĂ© qui en rĂ©sultait pour ses membres de se marier entre eux. Il va de soi qu’au stade oĂč nous trouvons les Iroquois, l’interdiction du mariage au sein de la gens est inviolablement maintenue.

4Âș Le bien des morts revenait aux autres gentiles, il devait rester dans la gens. Étant donnĂ© l’insignifiance de ce que pouvait lĂ©guer un Iroquois, l’hĂ©ritage Ă©tait partagĂ© entre les parents gentilices les plus proches : si le dĂ©funt Ă©tait un homme, entre ses frĂšres et sƓurs utĂ©rins et le frĂšre de sa mĂšre ; si c’était une femme, entre ses enfants et ses sƓurs utĂ©rines, Ă  l’exclusion de ses frĂšres. C’est pour la mĂȘme raison que le mari et la femme ne pouvaient pas hĂ©riter l’un de l’autre, non plus que les enfants ne pouvaient hĂ©riter de leur pĂšre.

5Âș Les gentiles se devaient mutuellement aide, protection et en particulier assistance pour venger une injure faite par des Ă©trangers. Chaque individu s’en remettait, pour sa sĂ©curitĂ© personnelle, Ă  la protection de la gens, et il pouvait le faire ; celui qui l’offensait, offensait la gens tout entiĂšre, C’est de ces liens du sang dans la gens que rĂ©sultait l’obligation de la vendetta, reconnue sans rĂ©serves par les Iroquois. Si un Ă©tranger Ă  la gens tuait un de ses membres, toute la gens de la victime Ă©tait tenue de venger ce meurtre. D’abord, on cherchait une conciliation ; la gens du meurtrier tenait conseil et faisait des propositions d’arrangement au Conseil de la gens de la victime, lui offrant la plupart du temps l’expression de ses regrets et des prĂ©sents considĂ©rables. Si on les agrĂ©ait, l’affaire Ă©tait liquidĂ©e. Dans le cas contraire, la gens offensĂ©e nommait un ou plusieurs vengeurs, qui avaient l’obligation de poursuivre et de mettre Ă  mort le meurtrier. Si cela se produisait, la gens de l’homme exĂ©cutĂ© n’avait pas le droit de se plaindre ; le cas Ă©tait rĂ©glĂ©.

6Âș La gens a des noms dĂ©terminĂ©s, ou des sĂ©ries de noms que seule de toute la tribu elle a le droit d’employer, si bien que le nom de chaque individu exprime en mĂȘme temps Ă  quelle gens il appartient. Un nom gentilice implique d’emblĂ©e des droits gentilices.

7Âș La gens peut adopter des Ă©trangers et, de ce fait, les admettre dans la tribu tout entiĂšre. Les prisonniers de guerre qu’on ne tuait pas devenaient ainsi, par adoption dans une gens, membres de la tribu des Senecas et recevaient de ce fait tous les droits de gens et de tribu. L’adoption avait lieu sur la proposition individuelle de certains gentiles, d’hommes qui acceptaient l’étranger pour frĂšre ou pour sƓur, de femmes qui l’adoptaient comme enfant ; la rĂ©ception solennelle dans la gens Ă©tait nĂ©cessaire Ă  la ratification. Souvent, des gentes isolĂ©es, exceptionnellement rĂ©duites, Ă©taient ainsi renforcĂ©es par l’adoption massive de membres d’une autre gens, avec l’agrĂ©ment de celle-ci. Chez les Iroquois, la rĂ©ception solennelle dans la gens avait lieu en sĂ©ance publique du Conseil de tribu, ce qui en faisait vĂ©ritablement une cĂ©rĂ©monie religieuse.

8Âș Il est difficile de prouver qu’il y ait des cĂ©rĂ©monies religieuses spĂ©ciales dans les gentes indiennes ; mais les cĂ©rĂ©monies religieuses des Indiens se rattachent plus ou moins aux gentes. Aux six fĂȘtes religieuses annuelles des Iroquois, les sachems et les chefs militaires de chaque gens comptaient, en raison de leur charge, parmi les « gardiens de la foi » et avaient des fonctions sacerdotales.

9Âș La gens a un cimetiĂšre commun. Celui-ci a maintenant disparu ; les Iroquois de l’État de New York sont enterrĂ©s parmi les Blancs ; mais il existait autrefois. Chez d’autres Indiens il existe encore ; ainsi chez les Tuscaroras, proches parents des Iroquois : bien que chrĂ©tiens, ils ont au cimetiĂšre une rangĂ©e dĂ©terminĂ©e pour chaque gens, de sorte que la mĂšre y est bien enterrĂ©e dans la mĂȘme rangĂ©e que les enfants, mais non le pĂšre. Et chez les Iroquois aussi, toute la gens va Ă  l’enterrement du dĂ©funt, s’occupe de la tombe, des discours funĂšbres, etc.

10Âș La gens a un conseil, assemblĂ©e dĂ©mocratique de tous les gentiles adultes, hommes et femmes, qui tous ont le mĂȘme droit de vote. Ce conseil Ă©lisait les sachems et les chefs militaires, et il les rĂ©voquait ; de mĂȘme pour les autres « gardiens de la foi ». Le Conseil dĂ©cidait des dons expiatoires (wergeld, prix du sang) ou de la vendetta pour le meurtre de gentiles ; il adoptait des Ă©trangers dans la gens. Bref, il Ă©tait dans la gens le pouvoir souverain.

Telles sont les attributions d’une gens indienne typique.

« Tous ses membres sont des hommes libres, tenus de protĂ©ger leur mutuelle libertĂ©, Ă©gaux en droits personnels, – ni les sachems, ni les chefs militaires ne revendiquent de prĂ©rogatives quelconques ; ils forment une collectivitĂ© fraternelle, unie par les liens du sang. LibertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ©, sans avoir Ă©tĂ© jamais formulĂ©s, Ă©taient. les principes fondamentaux de la gens, et celle-ci, Ă  son tour, Ă©tait l’unitĂ© de tout un systĂšme social, la base de la sociĂ©tĂ© indienne organisĂ©e. Ceci explique l’indomptable esprit d’indĂ©pendance et la dignitĂ© de l’attitude personnelle que chacun reconnaĂźt aux Indiens [2]. »

A l’époque de la dĂ©couverte, les Indiens de toute l’AmĂ©rique du Nord Ă©taient organisĂ©s en gentes, selon le droit maternel. Dans quelques tribus seulement, comme celle des Dakotas, les gentes avaient disparu, et dans quelques autres, chez les Ojibwas, les Omahas, elles Ă©taient organisĂ©es selon le droit paternel.

Dans un trĂšs grand nombre de tribus indiennes comptant plus de cinq ou six gentes, nous en trouvons trois, quatre, ou davantage encore, rĂ©unies en un groupe particulier que Morgan, traduisant fidĂšlement le nom indien, appelle phratrie (fraternitĂ©), d’aprĂšs son pendant grec. C’est ainsi que les Senecas ont deux phratries : la premiĂšre comprend les gentes 1 Ă  4, la deuxiĂšme, les gentes 5 Ă  8. Une Ă©tude plus poussĂ©e montre que ces phratries reprĂ©sentent presque toujours les gentes primitives, premiĂšres subdivisions de la tribu Ă  son origine ; car chaque tribu, pour pouvoir subsister de façon autonome, devait nĂ©cessairement englober au moins deux gentes, le mariage Ă©tant interdit au sein de la gens. A mesure que la tribu s’accroissait, chaque gens se scindait Ă  nouveau en deux, ou en plus de deux tronçons, dont chacun apparaĂźt alors comme une gens particuliĂšre, tandis que la gens originelle, qui englobe toutes les gentes-filles, subsiste en tant que phratrie. Chez les Senecas et la plupart des autres Indiens, les gentes d’une des phratries sont entre elles des gentes-sƓurs, tandis que celles de l’autre phratrie sont leurs gentes-cousines, – termes qui, nous l’avons vu, ont un sens trĂšs rĂ©el et trĂšs expressif dans le systĂšme de parentĂ© amĂ©ricain. A l’origine, aucun Seneca n’avait le droit de se marier au sein de sa phratrie, mais cette coutume est, depuis fort longtemps, tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude et se limite Ă  la gens. Chez les Senecas, la tradition voulait que l’Ours et le Cerf fussent les deux gentes initiales Ă  partir desquelles les autres s’étaient ramifiĂ©es. Une fois que cette nouvelle organisation se fut enracinĂ©e, on la modifia selon les besoins ; si des gentes d’une phratrie dĂ©pĂ©rissaient, on y faisait parfois passer, par compensation, des gentes entiĂšres d’autres phratries. C’est pourquoi nous trouvons, dans diffĂ©rentes tribus, les gentes de mĂȘme nom diversement groupĂ©es dans les phratries.

Les fonctions de la phratrie chez les Iroquois sont en partie sociales en partie religieuses. 1Âș Les phratries jouent au ballon l’une contre l’autre ; chacune dĂ©lĂšgue ses meilleurs joueurs, les autres regardent le jeu, chaque phratrie ayant sa place particuliĂšre, et les spectateurs parient entre eux sur la victoire des leurs. 2Âș Au Conseil de tribu, les sachems et les chefs militaires de chaque phratrie siĂšgent ensemble, les deux groupes se faisant face, et chaque orateur s’adresse aux reprĂ©sentants de chaque phratrie comme Ă  un corps particulier. 3Âș Si un meurtre s’était produit dans la tribu, sans que le meurtrier et la victime appartinssent Ă  la mĂȘme phratrie, la gens offensĂ©e en appelait souvent Ă  ses gentes-sƓurs ; celles-ci tenaient un Conseil de phratrie et s’adressaient Ă  l’autre phratrie prise comme collectivitĂ©, afin que celle-ci rĂ©unĂźt Ă©galement un Conseil pour arranger l’affaire. Ici donc, la phratrie rĂ©apparaĂźt comme gens primitive, et avec plus de chances de succĂšs que la gens isolĂ©e et plus faible, sa fille. 4Âș En cas de dĂ©cĂšs de personnages Ă©minents, la phratrie opposĂ©e se chargeait d’organiser l’inhumation et les funĂ©railles, tandis que la phratrie du dĂ©funt conduisait le deuil. Un sachem venait-il Ă  mourir, la phratrie opposĂ©e annonçait la vacance de la charge au Conseil fĂ©dĂ©ral des Iroquois. 5Âș Lors de l’élection d’un sachem, le Conseil de phratrie intervenait Ă©galement. On considĂ©rait comme allant presque toujours de soi la ratification par les gentes-sƓurs ; mais les gentes de l’autre phratrie pouvaient faire opposition. Dans ce cas, le Conseil de cette phratrie se rĂ©unissait ; s’il maintenait son opposition, l’élection restait sans effet. 6Âș jadis, les Iroquois avaient des mystĂšres religieux particuliers, appelĂ©s par les Blancs medecine-lodges. Ces mystĂšres Ă©taient cĂ©lĂ©brĂ©s chez les Senecas par deux confrĂ©ries religieuses, avec une initiation en rĂšgle pour les nouveaux adeptes ; Ă  chacune des deux phratries, Ă©tait rattachĂ©e une de ces confrĂ©ries. 7Âș Si, comme il est Ă  peu prĂšs certain, les quatre linages (lignages) qui habitaient les quatre quartiers de Tlaxcala [3] au temps de la conquĂȘte, Ă©taient quatre phratries, cela prouve du mĂȘme coup que les phratries, tout comme chez les Grecs et dans d’autres groupements consanguins analogues chez les Germains, Ă©taient en mĂȘme temps des unitĂ©s militaires ; chacun de ces quatre lignages marchait au combat formĂ©e en une troupe particuliĂšre avec son propre uniforme, avec son propre drapeau et sous le commandement de son chef propre.

De mĂȘme que plusieurs gentes constituent une phratrie, de mĂȘme, dans la forme classique, plusieurs phratries constituent une tribu ; en certains cas, dans des tribus sĂ©rieusement affaiblies, le chaĂźnon intermĂ©diaire, la phratrie, fait dĂ©faut. Qu’est-ce donc qui caractĂ©rise une tribu indienne en AmĂ©rique ?

1Âș Un territoire propre et un nom particulier. Chaque tribu possĂ©dait encore, en dehors de l’emplacement de son Ă©tablissement effectif, un territoire considĂ©rable pour la chasse et la pĂȘche. Au-delĂ  de ce territoire s’étendait un large espace neutre qui allait jusqu’au territoire de la tribu la plus voisine, et qui Ă©tait plus Ă©troit entre tribus de langues apparentĂ©es, plus large entre tribus de langues diffĂ©rentes. C’est le Grenzwald (la forĂȘt-frontiĂšre) des Germains, le dĂ©sert que les SuĂšves de CĂ©sar crĂ©ent autour de leur territoire, l’üsarnholt (en danois, jarnved, limes danicus) entre Danois et Germains, le Sachsenwald et le branibor (en slave : forĂȘt protectrice ; d’oĂč le nom de Brandenbourg) entre les Germains et les Slaves. Ce territoire ainsi dĂ©limitĂ© par des frontiĂšres incertaines Ă©tait le pays commun de la tribu, reconnu tel par les tribus voisines et dĂ©fendu par la tribu mĂȘme contre tout empiĂštement. La plupart du temps, l’incertitude des frontiĂšres ne devenait fĂącheuse, dans la pratique, que lorsque la population s’était considĂ©rablement accrue. – Il semble que les noms de tribus soient dus le plus souvent au hasard, plutĂŽt qu’intentionnellement choisis ; avec le temps, il arriva frĂ©quemment qu’une tribu fĂ»t dĂ©signĂ©e par les tribus voisines sous un nom autre que celui qu’elle employait elle-mĂȘme ; de mĂȘme que les Allemands reçurent des Celtes le premier nom collectif qu’ils portent dans l’histoire, le nom de Germains.

2Âș Un dialecte particulier, propre Ă  cette seule tribu. En fait tribu et dialecte coĂŻncident ; la formation nouvelle de tribus et de dialectes par suite de scissions se produisait encore rĂ©cemment en AmĂ©rique et sans doute n’a-t-elle pas encore cessĂ© complĂštement. LĂ  oĂč deux tribus affaiblies ont fusionnĂ©, il arrive exceptionnellement qu’on parle dans la mĂȘme tribu deux dialectes fortement apparentĂ©s. L’importance numĂ©rique moyenne des tribus amĂ©ricaines reste au-dessous de 2 000 membres ; les Cherokees, pourtant, sont au nombre de 26 000, le plus fort chiffre d’Indiens des États-Unis parlant le mĂȘme dialecte.

3Âș Le droit d’investir solennellement de leur autoritĂ© les sachems et les chefs militaires Ă©lus par les gentes.

4Âș Le droit de les destituer, mĂȘme contre la volontĂ© de leur gens. Comme les sachems et les chefs militaires sont membres du Conseil de tribu, ces droits qu’a sur eux la tribu s’expliquent d’eux-mĂȘmes. LĂ  oĂč s’était formĂ©e une fĂ©dĂ©ration de tribus, etoĂč la totalitĂ© des tribus Ă©tait reprĂ©sentĂ©e dans un Conseil fĂ©dĂ©ral, les droits prĂ©citĂ©s passaient Ă  ce Conseil fĂ©dĂ©ral

5Âș Un lot de reprĂ©sentations religieuses communes (mythologie) et de cĂ©rĂ©monies du culte. « Ă€ leur façon barbare, les Indiens Ă©taient un peuple religieux [4]. » Leur mythologie n’a pas encore Ă©tĂ© l’objet d’une Ă©tude critique ; ils imaginaient dĂ©jĂ  sous une forme humaine les incarnations de leurs reprĂ©sentations religieuses, – esprits de toutes sortes, – mais le stade infĂ©rieur de la barbarie, auquel ils en Ă©taient alors, ne connaĂźt pas encore les figurations plastiques, qu’on appelle des idoles. C’est un culte de la nature et des Ă©lĂ©ments qui Ă©volue vers le polythĂ©isme. Ces diffĂ©rentes tribus avaient leurs fĂȘtes rĂ©guliĂšres, avec certaines formes de culte bien dĂ©terminĂ©es, en particulier la danse et les jeux ; la danse principalement Ă©tait un Ă©lĂ©ment essentiel de toutes les solennitĂ©s religieuses ; chaque tribu cĂ©lĂ©brait les siennes en particulier.

6Âș Un Conseil de tribu pour les affaires communes. Il Ă©tait composĂ© de tous les sachems et de tous les chefs militaires des diffĂ©rentes gentes, leurs reprĂ©sentants vĂ©ritables puisqu’ils pouvaient toujours ĂȘtre destituĂ©s ; il dĂ©libĂ©rait publiquement, entourĂ© des autres membres de la tribu qui avaient le droit d’intervenir et de faire entendre leur opinion ; le Conseil dĂ©cidait. Dans la rĂšgle, tout assistant Ă©tait entendu s’il le dĂ©sirait ; les femmes, elles aussi, pouvaient faire exposer leur point de vue par un orateur de leur choix. Chez les Iroquois, la dĂ©cision finale devait ĂȘtre prise Ă  l’unanimitĂ©, comme c’était Ă©galement le cas pour certaines rĂ©solutions dans les communautĂ©s de marche germaniques. Il incombait en particulier au Conseil de tribu de rĂ©gler les relations avec les tribus Ă©trangĂšres ; il recevait et envoyait les ambassades ; il dĂ©clarait la guerre et concluait, la paix. Si la guerre Ă©clatait, elle Ă©tait faite gĂ©nĂ©ralement par des volontaires. En principe, chaque tribu Ă©tait considĂ©rĂ©e comme en Ă©tat de guerre avec toute autre tribu, si un traitĂ© de paix n’avait pas Ă©tĂ© expressĂ©ment conclu entre elles. Des expĂ©ditions contre les ennemis de ce genre Ă©taient, pour la plupart, organisĂ©es Ă  titre individuel par des guerriers Ă©minents ; ils donnaient une danse guerriĂšre ; ceux qui s’y joignaient exprimaient du mĂȘme coup qu’ils participaient Ă  l’expĂ©dition. La colonne Ă©tait aussitĂŽt formĂ©e et se mettait en marche. De mĂȘme, la dĂ©fense du territoire de la tribu attaquĂ©e Ă©tait assurĂ©e, la plupart du temps, par des levĂ©es de volontaires. Le dĂ©part et le retour de ces colonnes donnaient toujours lieu Ă  des rĂ©jouissances publiques. L’autorisation du Conseil de tribu n’était pas nĂ©cessaire pour des expĂ©ditions de ce genre et elle n’était ni sollicitĂ©e, ni donnĂ©e. C’est tout Ă  fait les expĂ©ditions particuliĂšres des suites armĂ©es germaniques, telles que Tacite nous les dĂ©crit, Ă  cette diffĂ©rence prĂšs que chez les Germains les suites ont pris un caractĂšre plus permanent, forment un noyau solide, organisĂ© dĂšs le temps de paix et autour duquel les autres volontaires se groupent en cas de guerre. Ces colonnes guerriĂšres Ă©taient rarement nombreuses ; les expĂ©ditions les plus importantes des Indiens, mĂȘme Ă  de grandes distances, Ă©taient accomplies par des forces militaires insignifiantes. Quand plusieurs de ces suites se rĂ©unissaient pour une grande entreprise, chacune d’elles n’obĂ©issait qu’à son propre chef ; l’unitĂ© du plan de campagne Ă©tait assurĂ©e, tant bien que mal, par un Conseil de ces chefs. C’est de cette façon que les Alamans faisaient la guerre sur le Haut-Rhin, au ive siĂšcle, comme nous en trouvons la description dans Ammien Marcellin.

7Âș Nous trouvons, dans quelques tribus, un chef suprĂȘme, dont les pouvoirs sont pourtant fort rĂ©duits. C’est l’un des sachems qui, dans les cas qui exigent une action rapide, doit prendre des mesures provisoires jusqu’au moment oĂč le Conseil peut se rĂ©unir et statuer dĂ©finitivement. C’est, Ă  un stade trĂšs rudimentaire, une tentative restĂ©e presque toujours stĂ©rile dans la suite du dĂ©veloppement pour investir un fonctionnaire du pouvoir exĂ©cutif ; comme nous le verrons par la suite, ce fonctionnaire aura, dans la plupart des cas, sinon toujours, pour origine le chef militaire suprĂȘme.

La grande majoritĂ© des Indiens amĂ©ricains n’alla pas au-delĂ  du groupement en tribu. Leurs tribus peu nombreuses, sĂ©parĂ©es les unes des autres par de vastes zones frontiĂšres, affaiblies par des guerres incessantes, occupaient avec peu de gens un immense territoire. Çà et lĂ  se constituaient des alliances entre tribus apparentĂ©es, sous le coup d’un danger momentanĂ©, et elles se dissolvaient avec lui. Mais, dans quelques rĂ©gions, des tribus originairement parentes, aprĂšs s’ĂȘtre disloquĂ©es, s’étaient regroupĂ©es de nouveau en fĂ©dĂ©rations permanentes, faisant ainsi le premier pas vers la constitution de nations [5]. Aux États-Unis, nous trouvons chez les Iroquois la forme la plus dĂ©veloppĂ©e d’une fĂ©dĂ©ration de ce genre. Abandonnant leurs territoires Ă  l’ouest du Mississipi, oĂč ils formaient probablement une branche de la grande famille des Dakotas, ils s’établirent aprĂšs de longues pĂ©rĂ©grinations dans l’État actuel de New York et se rĂ©partirent en cinq tribus : les Senecas, les Cayougas, les Onondagas, les Oneidas et les Mohawks. Ils vivaient de poisson, de gibier et de jardinage rudimentaire, habitaient des villages qui Ă©taient presque toujours protĂ©gĂ©s par des palissades. Ne dĂ©passant jamais le chiffre de 20 000, ils avaient dans les cinq tribus un certain nombre de gentes communes, parlaient des dialectes trĂšs apparentĂ©s d’une mĂȘme langue et occupaient un territoire d’un seul tenant, partagĂ© entre les cinq tribus. Comme ce territoire avait Ă©tĂ© rĂ©cemment conquis, l’union, créée par l’habitude, des tribus victorieuses contre la population refoulĂ©e subsistait naturellement ; elle se dĂ©veloppa, au plus tard vers le dĂ©but du XV° siĂšcle, jusqu’à constituer une « confĂ©dĂ©ration Ă©ternelle », confĂ©dĂ©ration qui d’ailleurs, sentant ses nouvelles forces, prit aussitĂŽt un caractĂšre agressif. A l’apogĂ©e de sa puissance, vers 1675, elle avait conquis alentour de vastes territoires dont elle avait en partie chassĂ©, en partie rendu tributaires les habitants. La confĂ©dĂ©ration des Iroquois prĂ©sente l’organisation sociale la plus avancĂ©e Ă  laquelle soient parvenus les Indiens quand ils n’ont pas dĂ©passĂ© le stade infĂ©rieur de la barbarie (Ă  l’exception, par consĂ©quent, des Indiens du Mexique, du Nouveau-Mexique et du PĂ©rou). Voici quelles Ă©taient les rĂšgles fondamentales de la confĂ©dĂ©ration :

1Âș ConfĂ©dĂ©ration Ă©ternelle des cinq tribus consanguines, sur la base d’une Ă©galitĂ© et d’une indĂ©pendance complĂštes dans toutes les affaires intĂ©rieures de la tribu. Cette consanguinitĂ© formait le vĂ©ritable fondement de la confĂ©dĂ©ration. Sur les cinq tribus, trois s’appelaient tribus-mĂšres et elles Ă©taient sƓurs entre elles, comme l’étaient Ă©galement les deux autres, qui s’appelaient tribus-filles. Trois gentes – les plus anciennes – Ă©taient encore vivaces et reprĂ©sentĂ©es dans toutes les cinq tribus ; trois autres gentes Ă©taient reprĂ©sentĂ©es dans trois tribus ; les membres de chacune de ces gentes Ă©taient tous frĂšres entre eux Ă  travers l’ensemble des cinq tribus. La langue commune, avec de simples variantes dialectales, Ă©tait l’expression et la preuve de la commune origine.

2Âș L’organe de la confĂ©dĂ©ration Ă©tait un Conseil fĂ©dĂ©ral de cinquante sachems, tous Ă©gaux par le rang et le prestige ; ce Conseil dĂ©cidait en dernier ressort dans toutes les affaires de la confĂ©dĂ©ration.

3Âș Lors de la fondation de la confĂ©dĂ©ration, ces cinquante sachems avaient Ă©tĂ© rĂ©partis entre les tribus et les gentes comme dignitaires de charges nouvelles, expressĂ©ment créées pour les fins de la confĂ©dĂ©ration. Ils Ă©taient réélus par les gentes intĂ©ressĂ©es Ă  chaque nouvelle vacance et pouvaient toujours ĂȘtre rĂ©voquĂ©s par elles ; mais le droit de les investir de leurs fonctions appartenait au Conseil fĂ©dĂ©ral.

4Âș Ces sachems fĂ©dĂ©raux Ă©taient Ă©galement sachems dans leurs tribus respectives et avaient siĂšge et voix dans le Conseil de tribu.

5Âș Toutes les dĂ©cisions du Conseil fĂ©dĂ©ral devaient ĂȘtre prises Ă  l’unanimitĂ©.

6Âș Le vote s’effectuait par tribu, de telle façon que chaque tribu et, dans chacune d’elles, tous les membres du Conseil devaient exprimer leur accord pour qu’une dĂ©cision valable pĂ»t ĂȘtre prise.

7Âș Chacun des cinq Conseils de tribu pouvait convoquer le Conseil fĂ©dĂ©ral, mais celui-ci ne pouvait se convoquer de lui-mĂȘme.

8Âș Les sĂ©ances avaient lieu devant le peuple assemblĂ© ; chaque Iroquois pouvait y prendre la parole ; le Conseil seul dĂ©cidait.

9Âș Personne n’était placĂ© Ă  la tĂȘte de la confĂ©dĂ©ration, elle n’avait pas de chef du pouvoir exĂ©cutif.

10Âș Par contre, elle avait deux chefs de guerre suprĂȘmes, avec mĂȘmes attributions et mĂȘme pouvoir (les deux trois » des Spartiates, les deux consuls Ă  Rome).

C’est lĂ  toute la constitution publique sous laquelle les Iroquois vĂ©curent et vivent encore depuis plus de quatre cents ans. je l’ai retracĂ©e en dĂ©tail, d’aprĂšs Morgan, parce que nous avons ici l’occasion d’étudier l’organisation d’une sociĂ©tĂ© qui ne connaĂźt pas encore l’État. L’État suppose un pouvoir public particulier, sĂ©parĂ© de l’ensemble des citoyens qui le composent, et Maurer, qui reconnaĂźt avec un sĂ»r instinct la constitution de la marche (Mark) germanique comme une institution purement sociale de nature, essentiellement diffĂ©rente de l’État, bien qu’elle soit appelĂ©e Ă  en fournir plus tard la base principale, – Maurer Ă©tudie en consĂ©quence, dans tous ses Ă©crits, la formation progressive du pouvoir public Ă  partir et Ă  cĂŽtĂ© des constitutions primitives des marches, des villages, des seigneuries et des villes. Nous voyons, chez les Indiens de l’AmĂ©rique du Nord, comment une peuplade, unie Ă  l’origine, se rĂ©pand peu Ă  peu sur un immense continent ; comment des tribus, en se scindant, deviennent des peuples, des groupes entiers de tribus ; comment les langues se transforment non seulement jusqu’à devenir incomprĂ©hensibles entre elles, mais aussi jusqu’à ce que disparaisse presque toute trace de leur unitĂ© primitive ; comment, par ailleurs, au sein des tribus, les diffĂ©rentes gentes se scindent en plusieurs tronçons, les gentes-mĂšres se maintiennent en tant que phratries, et comment les noms de ces plus anciennes gentes se perpĂ©tuent dans des tribus fort Ă©loignĂ©es les unes des autres et depuis longtemps sĂ©parĂ©es, – le Loup et l’Ours sont encore des noms gentilices dans la majoritĂ© des tribus indiennes. Et la constitution prĂ©cĂ©demment dĂ©crite s’applique en gĂ©nĂ©ral Ă  toutes ces tribus, – Ă  cette diffĂ©rence prĂšs que beaucoup d’entre elles ne sont pas arrivĂ©es jusqu’à la confĂ©dĂ©ration entre tribus parentes.

Mais nous voyons aussi Ă  quel point, une fois la gens donnĂ©e comme unitĂ© sociale, toute la constitution des gentes, des phratries et de la tribu se dĂ©veloppe Ă  partir de cette unitĂ© avec une nĂ©cessitĂ© presque inĂ©luctable – parce que naturelle. Toutes trois sont des groupes de consanguinitĂ© Ă  des degrĂ©s diffĂ©rents, chacun formant un tout et rĂ©glant ses propres affaires, mais chacun complĂ©tant aussi l’autre. Et le cercle des affaires qui leur incombent englobe l’ensemble des affaires publiques du barbare appartenant au stade infĂ©rieur. Donc, partout oĂč nous trouvons chez un peuple la gens comme unitĂ© sociale, nous pourrons Ă©galement chercher une organisation de la tribu semblable Ă  celle que nous avons dĂ©crite ; et si nous disposons de sources suffisantes, comme chez les Grecs et les Romains, non seulement nous trouverons cette organisation, mais aussi nous nous convaincrons que, lĂ  oĂč les sources nous font dĂ©faut, la comparaison avec la constitution sociale amĂ©ricaine nous aide Ă  dĂ©mĂȘler les doutes et les Ă©nigmes les plus difficiles.

Et avec toute son ingĂ©nuitĂ© et sa simplicitĂ©, quelle admirable constitution que cette organisation gentilice ! Sans soldats, gendarmes ni policiers, sans noblesse, sans rois ni gouverneurs, sans prĂ©fets ni juges, sans prisons, sans procĂšs, tout va son train rĂ©gulier. Toutes les querelles et toutes les disputes sont tranchĂ©es par la collectivitĂ© de ceux que cela concerne, la gens ou la tribu, ou les diffĂ©rentes gentes entre elles, – c’est seulement comme moyen extrĂȘme, et rarement appliquĂ©, qu’intervient la menace de vendetta, dont notre peine de mort n’est d’ailleurs que la forme civilisĂ©e, nantie de tous les avantages et de tous les inconvĂ©nients de la civilisation. Bien que les affaires communes soient en nombre beaucoup plus grand que de nos jours, – l’économie domestique est commune et communiste dans une sĂ©rie de familles, le sol est propriĂ©tĂ© de la tribu, seuls les petits jardins sont assignĂ©s provisoirement aux mĂ©nages, – on n’a quand mĂȘme nul besoin de notre appareil administratif, vaste et compliquĂ©. Les intĂ©ressĂ©s dĂ©cident et, dans la plupart des cas, un usage sĂ©culaire a tout rĂ©glĂ© prĂ©alablement. Il ne peut y avoir de pauvres et de nĂ©cessiteux – l’économie domestique communiste et la gens connaissent leurs obligations envers les vieillards, les malades, les invalides de guerre. Tous sont Ă©gaux et libres – y compris les femmes. Il n’y a pas encore place pour des esclaves, pas plus qu’en gĂ©nĂ©ral pour l’asservissement de tribus Ă©trangĂšres. Quand. les Iroquois, vers 1651, eurent vaincu les ÉriĂ©s et la « Nation neutre [6] », ils leur offrirent d’entrer avec des droits Ă©gaux dans la confĂ©dĂ©ration ; c’est seulement quand les vaincus s’y refusĂšrent qu’ils furent chassĂ©s de leur territoire. Et quels hommes, quelles femmes produit une pareille sociĂ©tĂ©, tous les Blancs qui connurent des Indiens non corrompus en tĂ©moignent par leur admiration pour la dignitĂ© personnelle, la droiture, la force de caractĂšre et la vaillance de ces barbares.

Quant Ă  cette bravoure, l’Afrique nous en a fourni des exemples tout rĂ©cents. Les Zoulous, il y a quelques annĂ©es, les Nubiens [7], – deux tribus chez lesquelles les institutions gentilices ne sont pas encore mortes -, ont fait, il y a quelques mois, ce que ne peut faire aucune armĂ©e europĂ©enne. ArmĂ©s seulement de lances et de javelots, sans armes Ă  feu, sous la pluie de balles des fusils Ă  tir rapide de l’infanterie britannique – reconnue la premiĂšre du monde dans la bataille rangĂ©e -, ils se sont avancĂ©s jusqu’à ses baĂŻonnettes et l’ont plus d’une fois bousculĂ©e et mĂȘme repoussĂ©e, malgrĂ© l’énorme disproportion des armes, et bien qu’ils ignorent le service militaire et ne sachent pas ce que c’est que faire l’exercice. Ce qu’ils peuvent endurer et accomplir, les Anglais eux-mĂȘmes en tĂ©moignent lorsqu’ils se plaignent qu’un Cafre puisse, en vingt-quatre heures, parcourir plus vite qu’un cheval un plus long chemin ; le plus petit muscle fait saillie, dur et tendu comme une laniĂšre de fouet, dit un peintre anglais.

VoilĂ  ce qu’étaient les hommes et la sociĂ©tĂ© humaine, avant que s’effectuĂąt la division en diffĂ©rentes classes. Et si nous comparons leur situation Ă  celle de l’immense majoritĂ© des civilisĂ©s de nos jours, la distance est Ă©norme entre le prolĂ©taire ou le petit paysan d’aujourd’hui et l’ancien membre libre de la gens.

C’est un des cĂŽtĂ©s de la chose. Mais n’oublions pas que cette organisation Ă©tait vouĂ©e Ă  la ruine. Elle n’alla pas au delĂ  de la tribu ; la confĂ©dĂ©ration des tribus marque dĂ©jĂ  le commencement de leur dĂ©cadence, comme on le verra plus tard, et comme on l’a dĂ©jĂ  vu dans les tentatives d’assujettissement faites par les Iroquois. Ce qui Ă©tait en dehors de la tribu Ă©tait en dehors du droit. LĂ  oĂč n’existait pas expressĂ©ment un traitĂ© de, paix, la guerre rĂ©gnait de tribu Ă  tribu, et la guerre Ă©tait menĂ©e avec la cruautĂ© qui distingue les hommes des autres animaux et qui fut seulement tempĂ©rĂ©e plus tard par l’intĂ©rĂȘt. La constitution gentilice Ă  son apogĂ©e, telle que nous l’avons vue en AmĂ©rique, impliquait une production tout Ă  fait embryonnaire et, par suite, une population extrĂȘmement clairsemĂ©e sur un vaste territoire, donc un asservissement presque complet de l’homme Ă  la nature extĂ©rieure qui se dresse devant lui en Ă©trangĂšre et qu’il ne comprend pas, asservissement qui se reflĂšte dans ses puĂ©riles reprĂ©sentations religieuses. La tribu restait pour l’homme la limite, aussi bien en face de l’étranger que vis-Ă -vis de soi-mĂȘme : la tribu, la gens et leurs institutions Ă©taient sacrĂ©es et intangibles, constituaient un pouvoir supĂ©rieur donnĂ© par la nature, auquel l’individu restait totalement soumis dans ses sentiments, ses pensĂ©es et ses actes. Autant les hommes de cette Ă©poque nous paraissaient imposants, autant ils sont indiffĂ©renciĂ©s les uns des autres, ils tiennent encore, comme dit Marx, au cordon ombilical de la communautĂ© primitive. La puissance de cette communautĂ© primitive devait ĂȘtre brisĂ©e – elle le fut. Mais elle fut brisĂ©e par des influences qui nous apparaissent de prime abord comme une dĂ©gradation, comme une chute originelle du haut de la candeur et de la moralitĂ© de la vieille sociĂ©tĂ© gentilice. Ce sont les plus vils intĂ©rĂȘts – rapacitĂ© vulgaire, brutal appĂ©tit de jouissance, avarice sordide, pillage Ă©goĂŻste de la propriĂ©tĂ© commune -qui inaugurent la nouvelle sociĂ©tĂ© civilisĂ©e, la sociĂ©tĂ© de classes ; ce sont les moyens les plus honteux – vol, violence, perfidie, trahison – qui sapent l’ancienne sociĂ©tĂ© gentilice sans classe, et qui amĂšnent sa chute. Et la sociĂ©tĂ© nouvelle elle-mĂȘme, pendant les deux mille cinq cents ans de son existence, n’a jamais Ă©tĂ© autre chose que le dĂ©veloppement de la petite minoritĂ© aux frais de la grande majoritĂ© des exploitĂ©s et des opprimĂ©s, et c’est ce qu’elle est de nos jours, plus que jamais.

Notes

[1] MORGAN : Systems of consanguinity and affinity of the human family. Washington, 1871.

[2] MORGAN, op. cit., pp. 85-86.

[3] La ville la plus florissante du Mexique, Ă  l’époque de la conquĂȘte, capitale des TĂ©ochichimĂšques. Les quartiers Ă©taient Ă  l’origine des villages (pueblos) qui avaient grandi et dont la rĂ©union avait Ă©tĂ© le fondement de la citadelle de Tlaxcala.

[4] MORGAN, op. cit., p.113.

[5] Le mot nation n’est pas employĂ© ici dans son sens moderne, mais au sens du latin natio
 c’est-Ă -dire « peuplade, peuple ».

[6] On appelait au XVIIe siĂšcle « Nation neutre » la confĂ©dĂ©ration militaire créée par quelques tribus indiennes apparentĂ©es aux Iroquois et vivant sur la rive nord du lac ÉriĂ©. Ce sont les colonisateurs français qui lui donnĂšrent ce nom Ă  cause de la neutralitĂ© qu’ils observĂšrent dans les guerres entre tribus iroquoises et huronnes.

[7] Allusion Ă  l’hĂ©roĂŻque rĂ©sistance que les Zoulous opposĂšrent en 1879 et les Nubiens (sous la direction du mahdi Mohammed Ahmed) en 1881-1883 aux armĂ©es de l’Empire britannique.

source

Traven dĂ©crit ainsi la dĂ©mocratie indienne des Indiens Tzeltales du Chiapas :

« Administration indienne et dĂ©mocratie directe

« A l’occasion de la fĂȘte d’investiture, pendant que les cloches sonnent, on fait brĂ»ler des feux d’artifice. Il y a de la musique, les gens dansent dans un vacarme joyeux. Le nouveau chef Ă©lu est, devant le portail du cabildo, prĂ©sentĂ© par les dĂ©lĂ©guĂ©s de sa tribu au chef sortant et Ă  ses conseillers. Avec cette prĂ©sentation est terminĂ© l’examen des documents Ă©lectoraux.

Le chef sortant fait un discours, rédigé sous forme de poésie, en langue indienne vraisemblablement trÚs ancienne. Le nouveau chef y répond avec modestie et courtoisie. Son discours est également formulé en langue indienne et utilise des rimes qui ont trÚs probablement été prévues pour ce genre de cérémonie il y a mille ans ou davantage.

Quand aprĂšs de nombreux cĂ©rĂ©monials le bĂąton lui est enfin remis, on apporte une chaise. Cette chaise est basse. Elle est faite d’un bois aux entrelacs multiples, ressemblant Ă  du raphia. Le siĂšge est percĂ© Ă  la dimension d’un postĂ©rieur d’homme.

Au milieu des rires, des joyeux quolibets et des plaisanteries grivoises des hommes qui assistent en foule Ă  la cĂ©rĂ©monie, le nouveau chef abaisse Ă  demi son pantalon de coton blanc et pose son derriĂšre dĂ©nudĂ© sur l’ouverture de la chaise. Il tient dans sa dextre le bĂąton d’ébĂšne Ă  pommeau d’argent reprĂ©sentatif de sa fonction et siĂšge, plein de dignitĂ©, le visage tournĂ© vers les hommes de la nation rassemblĂ©s devant lui.

Il est assis, sĂ©rieux, majestueux, comme s’il allait procĂ©der solennellement Ă  son premier acte officiel.

Les plaisanteries et les rires des hommes qui l’entourent se taisent un instant. On a l’impression que tous veulent Ă©couter avec recueillement les premiĂšres paroles importantes de leur nouveau chef. A ce moment arrivent trois hommes envoyĂ©s Ă  cette fĂȘte par la tribu qui aura Ă  Ă©lire le cacique l’annĂ©e suivante. Ces hommes portent un pot de terre dont les flancs sont percĂ©s de nombreux Ă©vents. Le pot est empli de braises qui rougeoient avec vivacitĂ©, attisĂ©es par le moindre souffle d’air.

Dans un discours en langue indienne, dit en vers, l’un des hommes explique le but de l’acte qu’il va accomplir. DĂšs qu’il a terminĂ© son discours, il place le pot plein de braises sous le postĂ©rieur dĂ©nudĂ© du nouveau chef. Dans son discours, il a expliquĂ© que ce feu placĂ© sous le derriĂšre du chef dignement assis sur son siĂšge officiel doit lui rappeler qu’il n’y est pas installĂ© pour s’y reposer, mais pour travailler pour le peuple. Il doit demeurer vif et zĂ©lĂ© mĂȘme lorsqu’il est installĂ© officiellement. En outre, il ne doit pas oublier qui a glissĂ© ce feu sous son sĂ©ant, c’est-Ă -dire la tribu qui dĂ©signera le cacique de l’annĂ©e Ă  venir, et ceci pour lui mettre en mĂ©moire qu’il ne doit pas se cramponner Ă  sa place, mais la cĂ©der dĂšs que son mandat sera Ă©coulĂ©, afin d’éviter un rĂšgne Ă  vie ou une dictature qui serait nĂ©faste au bien du peuple. S’il venait jamais Ă  s’accrocher Ă  son poste, on lui mettrait sous les fesses un feu si grand et si long qu’il ne resterait rien de lui ni du siĂšge.

DĂšs que le pot empli de braises ardentes a Ă©tĂ© glissĂ© sous le siĂšge, des maximes rimĂ©es sont dites par un homme de la tribu dont l’élu se retire, un homme de la tribu qui Ă©lira le jefe l’annĂ©e suivante et un homme de la tribu dont est issu le cacique nouvellement investi. Tant que la rĂ©citation des sentences n’est pas terminĂ©e, le nouveau chef ne doit pas se lever de son siĂšge. La durĂ©e de l’épreuve dĂ©pendra de la popularitĂ© ou de l’impopularitĂ© de l’élu parmi ses frĂšres de race. Les rĂ©citants pourront soit psalmodier les rimes lentement et prĂ©cautionneusement, ou bien les dire avec toute la hĂąte permise sans trahir ouvertement leur intention. Lorsque l’homme qui doit parler Ă  son tour a l’impression que ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© ont Ă©tĂ© trop rapides, il a le droit de rĂ©parer le dommage trĂšs largement par une lenteur redoublĂ©e de son discours.

Le chef, quelles que soient ses sensations, ne doit manifester d’aucune maniĂšre, grimace ou geste, les effets de la chaleur sur sa personne. Bien au contraire, lorsque tous les aphorismes ont Ă©tĂ© rĂ©citĂ©s, il ne se relĂšve pas immĂ©diatement, heureux d’en avoir terminĂ© avec la sĂ©ance de rĂ©chauffage ; il reste au contraire assis un bon moment pour bien montrer qu’il n’a pas l’intention de fuir devant les peines que l’exercice de ses fonctions pourraient lui prĂ©parer. Assez souvent il se met mĂȘme Ă  plaisanter, ce qui augmente la gaietĂ© des hommes qui le regardent et attendent avec impatience qu’il laisse apparaĂźtre son inconfort pour pouvoir se moquer de lui. Mais plus les plaisanteries sont alertes, plus longtemps il reste assis et plus le respect et la confiance qu’il inspire grandissent.

Il cherche Ă  reporter le ridicule sur les autres. Il dit Ă  l’un : « Alors, gringalet, tu n’as pas de poumons, comment veux-tu donner Ă  ta femme les moyens de faire une bonne soupe si tu es trop faible pour souffler sur le feu sous mon cul pour que je me rĂ©chauffe un peu. HĂ© ! toi, Eliseo, viens ici gratter la glace qui se dĂ©pose sur mon derriĂšre. » Les braises sont Ă  peu prĂšs Ă©teintes. Le chef se lĂšve lentement. La glace dont il parlait n’est cependant pas tout Ă  fait inoffensive. La peau est couverte de grosses cloques et, en de nombreux endroits, de plaques noirĂątres que l’on peut sentir de loin. Un ami s’approche de lui, lui enduit les fesses d’huile et lui applique un pansement de feuilles Ă©crasĂ©es tandis qu’un autre lui offre de grands verres de tequila.

Pendant de longues semaines, le nouveau chef n’oubliera pas sur quoi il est assis. Pendant les premiers mois qui suivent son entrĂ©e en fonction, cela l’aide considĂ©rablement Ă  gouverner selon les dĂ©sirs exprimĂ©s par la nation au cours de son Ă©lection.

Dans presque tous les cas, il reste suffisamment de cicatrices sur cette partie cachĂ©e de son individu pour qu’il puisse prouver jusqu’à l’ñge le plus avancĂ©, grĂące Ă  un document inaltĂ©rable, qu’il a eu l’honneur d’ĂȘtre Ă©lu une fois chef de sa nation, mais aussi pour le soustraire Ă  la tentation de se faire Ă©lire Ă  ce poste une seconde fois, ce qui serait contraire aux mƓurs de son peuple.

On pourrait trĂšs sĂ©rieusement conseiller aux prolĂ©taires de mettre en application cette mĂ©thode d’élection indienne Ă©prouvĂ©e, en particulier Ă  l’égard des fonctionnaires de leurs organisations syndicales et politiques. Pas seulement en Russie, oĂč c’est le plus nĂ©cessaire, mais aussi dans tous les pays oĂč Marx et LĂ©nine sont les saints qu’on honore. Les prolĂ©taires en lutte pourraient obtenir des rĂ©sultats utiles avec bien plus de certitude en mettant chaque annĂ©e sous les fesses de leurs dirigeants un feu bien attisĂ©.

Aucun chef n’est irremplaçable. Et plus rapidement les nouveaux dirigeants se succùdent sur le siùge ardent, plus vivant reste le mouvement.

Ne sois pas timorĂ©, prolĂ©taire. Et encore moins sentimental. »

Matricien, « Les femmes garantes de la premiĂšre dĂ©mocratie amĂ©ricaine » :

Les Iroquois (ou Haudenosaunee) connus aussi par l’expression Cinq-Nations comprennent effectivement cinq et puis plus tard six nationsamĂ©rindiennes de langues iroquoises vivant historiquement dans le nord de l’État de New York aux États-Unis au sud du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent. La plupart des quelques 125 000 Iroquois vivent aujourd’hui en Ontario au Canada et dans l’État de New York. D’autres vivent au Wisconsin, au QuĂ©bec et en Oklahoma. Seule une petite minoritĂ© des Iroquois parle aujourd’hui une des langues iroquoises dont notamment prĂšs de 1 500 locuteurs du mohawk dans le village Kahnawake, au sud de MontrĂ©al.

Les Iroquois croyaient en une femme-ciel, une dĂ©esse-mĂšre qu’ils appelaient Ataensic. Ils disaient qu’un de ses fils jumeaux avait créé le monde avec le corps de sa mĂšre dĂ©cĂ©dĂ©e. Ils croyaient que la nature (les animaux, les plantes, etc.) Ă©tait animĂ©e par des esprits.

Les Iroquois sont ceux qui se rapprochent probablement le plus de l’état matriarcal. Le jĂ©suite Joseph-François Lafitau qualifie les sociĂ©tĂ©s iroquoiennes d’« empire de femmes ». Elles se comportent parfois en vĂ©ritables guerriĂšres amazones. Les femmes, surtout celles qui sont ĂągĂ©es, sont reconnues pour leur sagesse. Chez ces Indiens, c’étaient les femmes qui arrangeaient les mariages et qui, possĂ©daient maisons et terres. Quelques-unes des plus importantes organisations cĂ©rĂ©monielles Ă©taient en bonne partie constituĂ©es et dirigĂ©es par les femmes et c’était dans leurs rangs qu’on choisissait trois sur six des fonctionnaires rituels de chaque clan. Les femmes nommaient leur candidat lors d’une vacance au conseil des chefs et avaient le droit de dĂ©sapprouver et mĂȘme d’empĂȘcher l’élection d’un chef qu’elles jugeaient indigne. NĂ©anmoins, c’est un fait certain que, mĂȘme parmi les Iroquois, les femmes n’entraient pas dans le conseil suprĂȘme de la Ligue.

Les Iroquois vivaient dans des villages de 2000 habitants et plus et Ă©taient jardiniers ou chasseurs. Les deux sexes travaillaient ensemble Ă  la construction des longues-maisons permanentes, habitĂ©es par environ vingt-cinq familles. Les familles qui y vivaient en face l’une de l’autre utilisaient le mĂȘme feu et des sĂ©parations dĂ©limitaient les zones de sommeil de chaque famille. Comme la plupart des peuplades natives nord amĂ©ricaines, les iroquois furent relativement matriarcaux. Au temps des premiers contacts (autour de 1650), la femme occupe une position sociale enviable si on la compare Ă  celle qui s’impose dans les sociĂ©tĂ©s occidentales. La fonction procrĂ©atrice y est valorisĂ©e, les mĂšres exercent une forte autoritĂ© sur leurs filles et fils, la femme occupe une place centrale dans le discours religieux, ses connaissances en matiĂšre mĂ©dicale sont reconnues et elle dĂ©tient souvent un droit de vie ou de mort sur les prisonniers de guerre. La terre est propriĂ©tĂ© des femmes. Elles ont un droit de vĂ©to sur toutes les dĂ©cisions des hommes. Ce rĂŽle leur donnait mĂȘme le pouvoir d’inciter les chefs de guerre Ă  organiser des expĂ©ditions pour venger la mort des membres de leur famille ou de la mĂȘme lignĂ©e.

Article 44 de la constitution iroquoise : « La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la Nation, elles possĂšdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang infĂ©rieur Ă  celui des mĂšres ».

L’usage d’un objet entraĂźnant sa possession chez les nations sauvages, la MĂšre, qui a charge de la demeure et de ses provisions, est maĂźtresse de la maison et de ce qu’elle renferme ; l’homme ne possĂšde que ses armes et ses instruments de pĂȘche et de chasse. Les enfants appartiennent Ă  la mĂšre, qui les a engendrĂ©s, nourris, Ă©levĂ©s et logĂ©s ; la fille lorsqu’elle se marie, ne quitte pas la demeure maternelle ; le mari est un hĂŽte, qui doit lui procurer des vivres. Le foyer servant Ă  la prĂ©paration des aliments est propriĂ©tĂ© de la MĂšre et de sa fille aĂźnĂ©e, quand elle meurt. Les matrones de la longue-maison contrĂŽlaient la rĂ©partition de la nourriture et des autres marchandises qui assuraient le bien-ĂȘtre du groupe.

« Parmi les Iroquois
les enfants sont de la tribu de la mĂšre, dans la majoritĂ© des nations ; mais la rĂšgle, mĂȘme si elle Ă©tait universelle depuis l’antiquitĂ©, ne l’est plus aujourd’hui. Quand la descendance de la lignĂ©e maternelle prĂ©valait, elle Ă©tait suivie par d’importants rĂ©sultats, dont le plus remarquable Ă©tait que la lignĂ©e paternelle Ă©tait constamment dĂ©shĂ©ritĂ©e. Puisque tous les titres ainsi que les propriĂ©tĂ©s descendaient de la lignĂ©e maternelle, et Ă©taient hĂ©rĂ©ditaires, strictement, dans la tribu elle mĂȘle, un fils ne pouvait jamais succĂ©der au titre de son pĂšre en tant que Sachem, ni hĂ©riter de sa mĂ©daille ou de son tomahawk » – McLennan 1970 [1865]:51

Les Iroquois avaient un systĂšme similaire de distribution des terres. La tribu possĂ©dait toutes les terres, mais attribuait des territoires aux diffĂ©rents clans qui les rĂ©partissaient Ă  leur tour entre les mĂ©nages pour les cultiver. Le terrain Ă©tait rĂ©guliĂšrement redistribuĂ© entre les mĂ©nages, au bout de quelques annĂ©es. Un clan pouvait demander une rĂ©affectation des territoires lors des rĂ©unions du Conseil des MĂšres de clan. Les clans coupables d’abus de terrain ou de nĂ©gliger celui qui leur Ă©tait allouĂ©, recevaient un avertissement du Conseil des MĂšres. La pire punition Ă©tait l’attribution de leur territoire Ă  un autre clan. La propriĂ©tĂ© de la terre Ă©tait l’affaire des femmes, de mĂȘme que la culture du sol pour la nourriture Ă©tait leur travail. Le Conseil des MĂšres rĂ©servait aussi certaines portions de terrain pour ĂȘtre travaillĂ©es en commun par les femmes de tous les clans. La nourriture produite sur ces terres, appelĂ©e kěndiǔ »gwǎ’ge’ hodi’yěn’tho, Ă©tait consommĂ©e lors des fĂȘtes et des grands rassemblements.

La contribution importante des femmes dans l’économie domestique leur faisait accĂ©der Ă  une autonomie importante mĂȘme si la division socio-sexuĂ©e des tĂąches Ă©tait trĂšs forte et que sa transgression impliquait une mise Ă  l’écart. Femmes et hommes en nombre Ă©gal occupaient les fonctions de “gardiens de la foi”, personnes d’influence qui admonestaient les autres pour les infractions morale. Le rĂŽle dĂ©terminant dans l’exercice du pouvoir appartenait aux aĂźnĂ©s des deux sexes. Ce n’était pas une “gynĂ©cocratie” mais une “gĂ©rontocratie”. La division sexuelle des rĂŽles Ă©tait stricte, mais relativement Ă©galitaire ; l’économie ne reposait pas sur l’exploitation d’un groupe par un autre, mais sur la coopĂ©ration entre les familles et les sexes. La division du travail reflĂ©tait le clivage dualiste caractĂ©ristique de la culture iroquoise, oĂč les dieux jumeaux Hahgwehdiyu, Jeune Arbre (Est) et Hahgwehdaetgah, Silex (Ouest) personnifiaient la sĂ©paration fondamentale entre deux moitiĂ©s complĂ©mentaires. Le dualisme appliquĂ© au travail attribuait Ă  chaque sexe un rĂŽle clairement dĂ©fini qui complĂ©tait celui de l’autre. Les femmes accomplissaient les tĂąches liĂ©es aux champs et les hommes, celles attachĂ©es Ă  la forĂȘt, y compris le dĂ©frichement et le travail du bois. Les hommes se chargeaient principalement de la chasse, de la pĂȘche, du commerce et du combat, alors que les femmes s’occupaient de l’agriculture, de la cueillette et des tĂąches mĂ©nagĂšres. Les activitĂ©s artisanales Ă©taient rĂ©parties Ă©galement entre les sexes. Les hommes rĂ©alisaient les constructions et l’essentiel des Ă©quipements, y compris les outils utilisĂ©s par les femmes pour les travaux des champs, tandis que les femmes assuraient la fabrication du petit matĂ©riel de piĂ©geage, des poteries et de la plus grande part des ustensiles mĂ©nagers, de l’ameublement, des articles textiles et des vĂȘtements. Cette spĂ©cialisation par sexe Ă©tait la principale façon de diviser le travail dans la sociĂ©tĂ© iroquoise. À l’époque de la rencontre avec les EuropĂ©ens, les Iroquoises produisaient environ 65% des biens et les hommes 35%24. En combinant des productions alimentaires diffĂ©rentes et rĂ©parties sur presque toute l’annĂ©e, ce systĂšme mixte rĂ©duisait les risques de disette et de famine.

« La sociĂ©tĂ© iroquoise prĂ©sente tous les aspects d’une dĂ©mocratie matrilinĂ©aire, essentiellement orientĂ©e vers la culture du maĂŻs (15 qualitĂ©s), de la courge et du haricot (60 variĂ©tĂ©s). Tandis que les hommes chassent et pĂȘchent dans les riviĂšres et sur les lacs, les femmes se consacrent aux activitĂ©s agricoles. De longues « maisons communes » construites en Ă©corce abritent plusieurs familles dont chacune est dotĂ©e d’un emblĂšme distinctif (totem)
 » – T.C. McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrĂ©e.

Selon Bruce Johansen (1999), les premiers colons europĂ©ens ont souvent enviĂ© les performances de la production vivriĂšre iroquoise. L’organisation du travail des Iroquois Ă©tait cohĂ©rente avec leur systĂšme de propriĂ©tĂ© du sol : Ă  propriĂ©tĂ© commune, travail en commun. Pour les tĂąches difficiles, les femmes constituaient de grands groupes et allaient de champ en champ en s’entraidant pour travailler leurs terres. Pour les semailles menĂ©es en commun, une « maĂźtresse des champs » distribuait Ă  chacune une quantitĂ© donnĂ©e de semence. Dans chaque groupe, les Iroquoises confiaient Ă  l’une d’entre elles, ancienne, mais active, le rĂŽle de chef des travaux pour l’annĂ©e Ă  venir, et s’engageaient Ă  suivre ses directives. Les femmes coopĂ©raient aussi en d’autres occasions. Ainsi, elles coupaient elles-mĂȘmes leur bois, mais leur chef en supervisait le transport collectif jusqu’au village. Les clans de femmes assuraient encore de nombreuses tĂąches et selon Mary Jemison, une blanche qui s’était assimilĂ©e Ă  la sociĂ©tĂ© indienne, l’effort collectif Ă©vitait « toute jalousie entre celles qui en auraient fait plus ou moins que les autres ».

La structure sociale Ă©tait fondĂ©e sur le matriarcat. La cellule de base Ă©tait matrilinĂ©aire, se composant des descendants, par les femmes, d’une seule d’entre elles. Les femmes vivaient avec leur mari (qui appartenait Ă  une autre cellule matriarcale) dans une seule longue maison. Un village pouvait ne contenir que quelques petites habitations de ce type ou en compter jusqu’à 50. La base de l’organisation sociale Ă©tait le lignage dont les membres cohabitaient dans une maison longue autour d’une femme ĂągĂ©e. Un village typique comprend un grand nombre de maisons longues en Ă©corce d’orme ou de cĂšdre. Chaque maison longue abrite plusieurs familles apparentĂ©es. Au moment de prendre rĂ©sidence, le couple observe une tradition matrilocale. AprĂšs son mariage, le mari vit dans la maison longue de son Ă©pouse. De mĂȘme, la filiation, le patrimoine et l’hĂ©ritage suivent un ordre matrilinĂ©aire. Un ou plusieurs mĂ©nages forment une matrilinĂ©aritĂ©. Plusieurs lignĂ©es constituent un clan exogame reprĂ©sentĂ© par un emblĂšme totĂ©mique particulier. Les tribus sont formĂ©es de 3 Ă  10 clans dont les membres sont dispersĂ©s dans plusieurs villages. Chez certains groupes, les clans sont divisĂ©s en deux catĂ©gories ou moitiĂ©s. Les membres d’un clan et mĂȘme d’une tribu, chez les Iroquois des Cinq-Nations, se considĂšrent comme frĂšres et sƓurs, indĂ©pendamment de leur village.

Les femmes, libres de disposer de leur corps et de leur sexualitĂ©, n’étaient pas l’objet d’un Ă©change. La plupart, les Iroquoiens laissaient les femmes maĂźtresses de leurs relations sexuelles et de leurs sentiments, ne connaissaient pas le viol, s’adonnaient trĂšs rarement Ă  la violence conjugale et ne rĂ©prouvaient pas le divorce. Ils favorisaient, de plus, une pĂ©dagogie de la conviction plutĂŽt qu’une approche rĂ©pressive pour l’éducation de leurs enfants.

Article 43 de la constitution iroquoise : » les membres d’un clan devront reconnaĂźtre comme leurs parents tous les autres membres de ce clan quelle que soit leur nationalitĂ©. Les hommes et les femmes d’un mĂȘme clan ne pourront jamais s’unir ».
Plusieurs matriarcats formaient le clan matriarcal qui, en dehors de son importance symbolique et cĂ©rĂ©moniale, servait Ă  fixer les rĂšgles du mariage. Il Ă©tait interdit de se marier entre membres d’un clan. La femme demeure dans sa maison ou dans celle de son clan, et jamais dans celle de son mari. L’observation suivante, citĂ©e par Morgan, d’aprĂšs un pasteur protestant qui vĂ©cut pendant des annĂ©es au milieu des Iroquois-Seneca, est typique :
« Du temps qu’ils habitaient dans leurs longues maisons (qui pouvaient contenir plusieurs centaines d’individus), un clan prĂ©dominait : mais les femmes y introduisaient leurs maris appartenant Ă  d’autres clans. Il Ă©tait d’usage que les femmes gouvernassent la maison ; les provisions Ă©taient mises en commun : mais malheur au mari ou Ă  l’amant trop paresseux ou trop maladroit pour ne pas contribuer pour sa part aux provisions de la communautĂ©. Quel que fut le nombre de ses enfants et la quantitĂ© de biens apportĂ©s dans le mĂ©nage, il devait s’attendre Ă  recevoir l’ordre de plier sa couverture et de dĂ©loger : il serait pour lui dangereux de dĂ©sobĂ©ir. La maison deviendrait trop chaude. Il ne lui restait que de retourner dans son propre clan, ou, ce qui arrivait le plus souvent, il allait chercher un nouveau mĂ©nage dans un autre clan. Les femmes Ă©taient le grand pouvoir des clans. Elles n’hĂ©sitaient pas, lorsque la circonstance le requĂ©rait, Ă  faire sauter les cornes (le signe du commandement) de la tĂȘte des chefs et Ă  les faire rentrer dans les rangs des simples guerriers. L’élection des chefs dĂ©pendait toujours d’elles ».

“Dans les villages iroquois, la terre Ă©tait possĂ©dĂ©e en commun et travaillĂ©e en commun. La chasse Ă©tait faite ensemble, et les prises Ă©taient divisĂ©es entre tous les membres du village. Les maisons Ă©taient considĂ©rĂ©es comme Ă©tant propriĂ©tĂ© commune et Ă©taient partagĂ©es par plusieurs familles. Le concept de propriĂ©tĂ© privĂ©e de terrain ou de maison Ă©tait complĂštement Ă©tranger aux Iroquois
 Les femmes Ă©taient trĂšs importantes dans la sociĂ©tĂ© iroquoise. Les familles suivaient une descendance matrilinĂ©aire, c’est Ă  dire que la lignĂ©e familiale descendait par rapport aux femmes, dont les maris rejoignaient les familles, tandis que les fils rejoignaient les familles de leurs Ă©pouses lorsqu’ils se mariaient. Les familles vivaient dans les ‘longues maisons’ et lorsqu’une femme voulait divorcer, elle mettait les affaires de son mari sur le pas de la porte.” – Howard Zinn, “Une histoire populaire des Etats-Unis”, 1980

Le jĂ©suite Joseph-François Lafitau prĂ©sente la sociĂ©tĂ© iroquoienne comme un vĂ©ritable matriarcat :
« C’est dans les femmes que consiste la Nation, la Noblesse du sang, et de la conservation des familles. C’est en elles que rĂ©side toute l’autoritĂ© rĂ©elle. Le pays, les champs et toute leur rĂ©colte leur appartiennent. Elles sont l’ñme des conseils, les arbitres de la paix et de la guerre. Elles conservent le fisc ou le trĂ©sor public. C’est Ă  elles qu’on donne les esclaves. [
] Les hommes au contraire sont entiĂšrement isolĂ©s et bornĂ©s Ă  eux-mĂȘmes. »
La sociĂ©tĂ© iroquoise Ă©tait organisĂ©e en confĂ©dĂ©ration tribale, gĂ©rĂ©e par des conseils dĂ©mocratiques. Selon leur constitution, le pouvoir ultime de trancher et le pouvoir de veto sur les dĂ©cisions votĂ©es Ă  l’unanimitĂ© est accordĂ© aux MĂšres de clans, les royaneh femmes, les « citoyennes » les plus influentes de la ConfĂ©dĂ©ration. Elles dĂ©tiennent aussi le pouvoir de nommer de nouveaux chefs ou de les destituer. Le titre de sachem (chef civil) Ă©tait par dĂ©faut transmis par la mĂšre.
Article 36 : » les femmes sont les hĂ©ritiĂšres des titres des chefs confĂ©dĂ©rĂ©s, aussi bien que de ceux des chefs de guerre « 
Les femmes les plus sages ou les plus ĂągĂ©es peuvent ainsi casser un chef politique, en cas de dĂ©faut de confiance, d’erreur politique ou d’injustice sociale. Le vol, le mensonge, l’irrespect des lois et l’accumulation de richesses Ă©taient durement rĂ©primĂ©s. Un bon politique, c’est Ă  dire un bon chef, Ă©tait nommĂ© Ă  vie pour sa gĂ©nĂ©rositĂ©, son intelligence, son bon sens, sa rhĂ©torique et sa probitĂ©.
Article 39 : » Un chef de guerre qui agit contrairement aux lois de la Grande Paix peut ĂȘtre dĂ©posĂ© par les femmes et par les hommes de sa nation, sĂ©parĂ©ment ou conjointement. AprĂšs cela les femmes, dĂ©tentrices des titres, choisiront le candidat. »
L’article 53 stipule : » Lorsque les femmes royaneh, dĂ©tentrices du titre de chef, choisissent un de leurs fils comme candidat, elles doivent en choisir un qui inspire une confiance totale, qui est bienveillant et honnĂȘte, qui sait s’occuper de ses propres affaires, qui soutient sa famille et qui a obtenu la confiance de sa nation ».
Article 95 : » Les femmes de chaque clan doivent avoir un Feu du Conseil constamment allumĂ© et prĂȘt Ă  accueillir une assemblĂ©e. Si, selon elles, il est nĂ©cessaire pour le peuple de tenir un conseil, alors il sera tenu et la dĂ©cision qui en dĂ©coulera sera transmise au Conseil de la ConfĂ©dĂ©ration par le Chef de Guerre. »
Les mĂšres sont les dĂ©tentrices du pouvoir rĂ©el et les gardiennes du feu. Il n’y a pas ici la stricte Ă©galitĂ© du bulletin de vote qui d’ailleurs ne veut rien dire sur le plan de l’égalitĂ© entre hommes et femmes. Mais il y a un Ă©quilibre, une Ă©galitĂ© dans la rĂ©partition des responsabilitĂ©s politiques, Ă©conomiques et sociales entre hommes et femmes. Pour dĂ©partager un conflit politique, le pouvoir de trancher et de dĂ©partager n’est pas attribuĂ© Ă  une institution supĂ©rieure qui couvre les autres et dont les membres seraient sĂ©lectionnĂ©s parmi les citoyens par des procĂ©dĂ©s toujours et forcĂ©ment contestables, peu dĂ©mocratiques. Au contraire, ce pouvoir de trancher appartient Ă  la communautĂ© des mĂšres, Ă  celles qui exercent ou ont exercĂ© la responsabilitĂ© humaine de donner la vie. Comme chez les gaulois et les celtes, ce sont donc elles qui vont dĂ©cider en dernier lieu si leurs hommes, leurs enfants vont partir ou non Ă  la guerre. Les querelles intestines entre petits chefs dĂ©sirants devenir de grands chefs n’existent pas car les institutions ne le permettent pas et d’autre part parce que les mĂšres ont le pouvoir de casser un chef mauvais ou belliqueux.

Pierre Bouchard, « La planĂšte des hommes » :

« D’autres sociĂ©tĂ©s, comme les Iroquois, ont constituĂ© des systĂšmes oĂč les enfants appartiennent Ă  la mĂšre et portent le nom de la mĂšre. Les enfants portent le nom de la mĂšre, qui elle-mĂȘme porte le nom de sa mĂšre. Autour de ce noyau s’organise une sociĂ©tĂ© oĂč la femme a plus d’importance dans la lignĂ©e. La lignĂ©e devient une rĂ©fĂ©rence pour le clan qui lui-mĂȘme est un groupe de lignĂ©es.

Il y avait trois clans principaux chez les Iroquoiens : l’ours, le loup et la tortue. La plus vieille mĂšre, la plus vieille ourse, la plus vieille louve ou la plus vieille tortue devient la mĂšre du clan. Cette femme devient une rĂ©fĂ©rence pour le clan. Ensemble, les mĂšres de clans vont nommer les chefs, orienter la politique et jouer des jeux politiques dĂ©terminants. Ce sont elles qui dĂ©cident, mais d’une maniĂšre secrĂšte, cachĂ©e.

Dans une sociĂ©tĂ© oĂč les femmes contrĂŽlent Ă  la fois les enfants, les rĂ©coltes et donc l’économie, la reproduction, la politique, il reste un problĂšme : comme la femme ne peut dĂ©lĂ©guer le pouvoir d’avoir des enfants, elle doit toujours rester prĂšs de sa progĂ©niture, c’est-Ă -dire du foyer. Comment rester au foyer et dominer la vie sociale en mĂȘme temps ? VoilĂ  la grande question Ă  laquelle toutes les sociĂ©tĂ©s matriarcales du monde ont eu Ă  rĂ©pondre. Pour contrĂŽler les enfants et la maison, il leur a fallu Ă©loigner le gĂ©niteur, dĂ©valoriser le pĂšre biologique.

Mais en mĂȘme temps, il a fallu chercher un autre homme pour prendre la responsabilitĂ© des enfants, un homme moins dangereux, qui appartient Ă  la famille. Il faut dire que chez les Iroquois, on n’épouse pas une personne de son propre clan : une femme ourse n’épousera pas un homme ours, c’est interdit. Il lui faut trouver un homme loup ou tortue. L’autre homme responsable des enfants sera donc le frĂšre de la femme. Il n’est pas dangereux : il est de la famille. Le frĂšre va donc s’occuper des enfants de sa sƓur. Ce pĂšre est un pĂšre culturel et il est plus important que le pĂšre biologique. Bien sĂ»r, le pĂšre biologique aime ses enfants, mais il apprend Ă  aimer ceux que sa culture lui impose, les humains sont des ĂȘtres culturels. VoilĂ  comment les femmes iroquoises protĂ©geaient leur pouvoir domestique et politique.

L’autre façon de protĂ©ger ce pouvoir est d’éloigner les gĂ©niteurs et les hommes de façon gĂ©nĂ©rale. Les femmes faisaient les enfants, mais elles Ă©taient aussi gardiennes des graines et des semences. Elles connaissaient l’agriculture. La relation entre les femmes et l’agriculture est trĂšs ancienne ; faire de l’agriculture, c’est aussi faire de la reproduction. Il a donc fallu inventer un rĂŽle pour les hommes. On en a fait des voyageurs, des commerçants. A eux de faire des Ă©changes commerciaux ! A cette fonction Ă©conomique s’est ajoutĂ©e une fonction politique, celle de faire la guerre. Les guerriers sont de plus en plus rentrĂ©s dans un rituel d’égalisation : les autres ont tuĂ© quelqu’un de chez nous, il faut tuer quelqu’un de chez eux. De plus, il faut protĂ©ger le territoire, Ă©tablir des routes pour le commerce et les protĂ©ger. RĂ©sultat ? L’homme est pratiquement toujours absent. Il revient pour se reproduire, mais la plupart du temps, il est au loin. Ce monde est divisĂ© en deux : un monde de femmes, Ă©tabli dans la continuitĂ©, dans la « longue maison », et un monde d’hommes en voyage. (
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L’homme iroquoien avait une femme qui Ă©tait sa femme, ils se mariaient. Selon les ethnographies de la vie quotidienne, les hommes Ă©taient trĂšs actifs, souvent en voyage et peu « Ă  la maison ». L’univers domestique n’était pas celui de la famille nuclĂ©aire que nous connaissons, avec papa-maman-enfants. Il Ă©tait construit autour de maisons communales, de maisons claniques. Le pĂšre Ă©tait avec son clan, en voyage, pour le commerce et la guerre. Et quand il rentrait chez lui, il habitait dans la maison de son clan, qui n’était pas la maison de sa femme, puisqu’elle appartenait Ă  un clan diffĂ©rent. Il vivait donc dans la maison de sa sƓur, la maison de sa mĂšre. Mais pour la reproduction, les rencontres Ă©taient trĂšs rapides, il n’y avait pas d’intimitĂ© prolongĂ©e pour faire des enfants. Les rituels de reproduction n’étaient pas trĂšs sophistiquĂ©s, ils Ă©taient rapides et pouvaient se pratiquer n’importe oĂč. Dans les sociĂ©tĂ©s iroquoiennes d’il y a 300 ou 500 ans, on ne pouvait imaginer une vie quotidienne en face-Ă -face constant. Du temps des « longues maisons », ces maisons vraiment claniques, ces foyers fĂ©minins oĂč l’on vivait entre femmes du mĂȘme clan, les hommes ne pouvaient pas entrer Ă  l’improviste. Ils n’étaient pas chez eux. »

Darmangeat, en thĂ©oricien en anthropologie de l’anticommunisme, essaie de contredire les faits sur le collectivisme iroquois !!!!

Matriarcat iroquois

Quand les tribus Iroquoises se battaient contre la colonisation française de l’AmĂ©rique

The Iroquois Ancient Society, Lewis H. Morgan

Elisabeth Tooker, ”Lewis H. Morgan on Iroquois Material Culture”

“The Iroquois”

“The Iroquois, the Six Nations Confederacy”

Les Iroquois pour wikipedia

Le modÚle démocratique et matriarcal iroquois

Le « collectiviste Darmangeat de LO ironise sur le « collectivisme iroquois »

La confédération des 6 nations iroquoises

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