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L’ « école de la République » n’est pas à l’école de la révolution française… - Matière et Révolution
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L’ « école de la République » n’est pas à l’école de la révolution française…

dimanche 23 février 2020, par Robert Paris

La révolution ne s’étudie pas à l’école

Chacun peut penser qu’en France on étudie la révolution à l’école puisque le pays de « liberté, égalité, fraternité » a plus que tout autre la fierté de sa propre « grande révolution » mais c’est complètement faux ! Si l’ordre politique et social se revendique de la « grande révolution française », cela ne signifie pas que les enfants des écoles ou le grand public aient appris sur les bancs de l’école ce que signifie réellement une révolution politique et sociale, c’est-à-dire l’insurrection des masses opprimées et exploitées qui n’acceptent plus de subir en silence et dictent leur loi à toute la société. Non ! l’école « de la République » diffuse le mensonge selon lequel ce seraient les institutions étatiques de la république qui auraient vaincu les institutions étatiques de la royauté féodale !!! Cela n’a rien d’étonnant : ce n’est pas la République des bandits et des profiteurs qui va expliquer comment se révolutionner ! Elle va plutôt prétendre que ce sont « la loi et l’ordre » des gouvernants, des juristes et des parlementaires qui a changé le pays, alors que c’est la subversion de « la loi et l’ordre » féodal et même bourgeois qui a été le principal moteur de la révolution de 1789-1793 !!!

Il suffit de dire que l’actuelle prétendue « république française » se dise le pur produit de la révolution de 1789-1795 pour savoir que l’on n’apprend aux enfants que des contrevérités sur la Révolution française comme sur la société capitaliste et son Etat au service des profiteurs. Et ne parlons pas de la révolution en tant que phénomène général… Là, c’est carrément de l’ignorance pure, même si on entend souvent parler des « révolutions arabes » et récemment de celles d’Irak, du Chili, d’Equateur, du Soudan ou d’Algérie et même de celle des Gilets jaunes. Le terme de « révolution », qu’il soit évité ou utilisé dans un bon ou un mauvais sens, recouvre une réalité parfaitement méconnue ou même inconnue.

La révolution, cet état exceptionnel de la société, en pleine éruption sociale, ne ressemble en rien à son état le plus fréquent, de calme global, de résignation des masses opprimées, de maintien de l’ordre sans contestation d’ensemble, celle du pouvoir d’Etat et du pouvoir économique s’imposant à tous sans grands risques de changement radical. Par contre, la réalité du monde actuel remet au goût du jour la révolution mondiale et rend indispensable d’étudier la révolution. Pourquoi l’étudier alors qu’on est en train de la faire, eh bien c’est parce qu’il ne suffit pas de la spontanéité des masses. Cet état exceptionnel de la société a ses propres lois et il vaut mieux les connaître pour les utiliser dans le sens des intérêts des opprimés et des exploités plutôt que de laisser nos ennemis les utiliser contre nous, s’ils sont capables de les étudier et de les tourner en notre défaveur. Il est certain, par exemple, que la révolution russe a appris beaucoup de choses aux dirigeants social-démocrates allemands qui ont été capables d’utiliser la révolution elle-même contre les prolétaires, manipulant les soviets allemands et pactisant avec les fascistes et l’état-major pour décapiter la révolution allemande de 1918-1919.

Certes, les élèves des écoles ont entendu parler de Danton et de Robespierre, de la Terreur, de la décapitation du roi de France, de Marie-Antoinette, de la prise de la Bastille, de la Convention ou encore de la guerre aux frontières, des sans-culottes et de bien d’autres épisodes historiques de cette époque. Mais cependant posons quelques questions d’Histoire :

- Combien d’élèves ont entendu parler des bras nus, de l’auto-organisation des plus démunis, des pauvres, des domestiques, des ouvriers, des miséreux, des femmes révolutionnaires, des jeunes gavroches, dans les comités, dans les compagnies de piques, dans les quartiers et pourtant les précédents étaient l’aile marchante de la révolution. Ce sont eux qui ont réalisé les grandes « journées révolutionnaires » quand le peuple a été chercher le roi et la reine, ont envahi les palais et les ont aussi détruits !!!

- Combien d’élèves savent que ces masses paupérisées visaient des objectifs sociaux et politiques bien différents de ceux des bourgeois et petits-bourgeois, fussent-ils révolutionnaires et même jacobins, qu’elles étaient organisées indépendamment, qu’elles se sont exprimées indépendamment, qu’elles ont eu leurs propres leaders ?

- Combien d’élèves connaissent les noms des plus grands révolutionnaires de cette époque qui ne sont ni Robespierre, ni Saint-Just, ni Danton, ni d’autres chefs montagnards ou jacobins et bien entendu ni girondins, ni même Hébert ou Chaumette : Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet, Gracchus Babeuf, Marat, Tiger, Chalier, Dolivier, Claire Lacombe, Pauline Léon, Olympes de Gouge, Théroigne de Méricourt, Cloots, Léon, Maréchal, Evrard, Boissel… Non seulement les élèves mais même les professeurs et certains historiens de la révolution française les ignorent…

- Combien d’élèves ont entendu parler du pouvoir insurrectionnel de la Commune de Paris de 1792-1793, premier embryon de double pouvoir opposé au pouvoir bourgeois comme au pouvoir féodal et royal français et aux féodalités d’Europe ?

- Combien d’élèves savent que la révolution « française », cette vague qui a connu deux sommets en France en 1789 et 1792, n’a pas commencé en France mais aux Pays-Bas, en Suisse, en Belgique, et, même en France, a connu une anticipation… en Corse !!!

- Combien savent que ce n’était nullement la première tentative révolutionnaire à direction bourgeoise et participation populaire, du même type, la principale étant celle d’Etienne Marcel en 1355-1356 ?

- Combien d’élèves ont conscience que la révolution sociale des opprimés et exploités visait le pouvoir aux travailleurs et pas la dictature d’une minorité de profiteurs de la bourgeoisie et que la plupart de ces derniers ont très vite changé de bord, devenant contre-révolutionnaires, alors que les exploités ont été révolutionnaires jusqu’à ce que le plus radical des dirigeants bourgeois, Robespierre, détruise les organisations de masse des exploités, avant d’être lui-même éliminé en Thermidor ?

- Combien d’élèves savent que l’événement déterminant de la révolution a eu lieu le 14 juillet 1792 et pas 1789, par le fait que le peuple de Paris a attaqué et détruit le palais royal dess Tuileries, s’attaquant pour la première fois de manière anti-royale directe au pouvoir de LouisXVI ?

- Combien d’élèves connaissent la déclaration des droits de l’homme dans sa version la plus révolutionnaire, celle de Saint-Just et pas celle qui est reconnue par la bourgeoisie ?

- Combien savent que, bien avant la révolution en France, c’est la révolution en Angleterre qui a tué le roi et c’est le peuple suisse qui, le premier, a renversé le pouvoir féodal en Europe ?

- Combien comprennent que « la révolution » est un phénomène social et hsitorique qui ne concerne pas seulement le passé, l’Ancien régime, la féodalité, mais qui a concerné toutes les sociétés de classes sociales, toutes les sociétés d’oppression et d’exploitation du plus profond du passé, de l’antiquité jusqu’au présent très actuel, à la vague révolutionnaire présente ?

- Combien comprennent que la plupart des politiques les plus sanglantes des classes possédantes, des grands crimes de masse aux génocides et aux guerres mondiales, en passant par les fascismes et les dictatures militaires violentes, ne s’expliquent que par la crainte de la révolution sociale par les classes possédantes ? L’Allemagne pré-nazie et nazie ne craignait que la révolution. L’empire ottoman et la Turquie ne craignait que la révolution. Toute la bourgeoisie mondiale ne craignait que la révolution russe. La bourgeoisie française comme rwandaise, qui ont conjointement organisé le génocide rwandais (les élèves ne le savent pas plus que leurs parents !) avaient peur de la révolution débutée plusieurs années avant le génocide, et pareil au Guatemala ou en Algérie, avant les grands massacres, pour ne citer que ceux-là ! D’ailleurs, faut-il rappeler que le pouvoir contre-révolutionnaire de Staline ou de Pol Pot, eux aussi, ne craignaient que la révolution sociale et que cela explique les bains de sang qu’ils ont organisé !

En fait, les historiens eux-mêmes, contraints par l’Histoire, de se retrouver devant ce fait troublant qu’est « la révolution » n’en veulent pas, tentent de l’évacuer, de l’assimiler à son contraire, à l’ordre établi, aux institutions, aux dirigeants bourgeois, aux dictateurs même, à la guerre, aux « grands hommes » ! Mais surtout pas aux « petits hommes » et aux femmes héroïques qui sont « montés à l’assaut du ciel », car ces historiens sont liés à l’ordre établi, même si parfois ils n’en ont pas conscience.

En tout cas, ce n’est pas « l’école de la République » des milliardaires qui va apprendre aux enfants de prolétaires comment faire la révolution !!!

Comprendre la révolution, c’est être capables de voir que les opprimés et les exploités, qui se mésestiment eux-mêmes, cont parfaitement capables de se passer de leurs tuteurs gouvernementaux, de leurs tuteurs politiciens, y compris de gauche, de leurs tuteurs syndicaux, y compris honnêtes, pour diriger leur propre action et aller jusqu’à diriger toute la société, à l’échelle mondiale. Ni des gogos, ni des moutons, ni des sacrifiés éternels, les exploités et les opprimés d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain de toute la société, et l’école qui leur apprendra à agir ainsi, c’est l’école de la lutte des classes réelle. Même si elle aura aussi besoin des idées révolutionnaires, des connaissances révolutionnaires, ce qui explique et justifie par exemple qu’on tienne notre site « Matière et Révolution », non comme école de la Révolution car nous ne sommes ni des enseignants ni des répétiteurs de leçons toutes faites, mais comme matière à penser la révolution !

Nous ne nous plaignons pas ici de la manière d’enseigner à l’école, celle des enseignants ni celle de l’Education nationale comme institution : l’Etat ne peut pas faire mieux car il n’est nullement le représentant des moments révolutionnaires du peuple travailleur !

Pour conclure, Ernest Lavisse, nous répondant, dans une conférence à la Sorbonne en 1881 : « Belle méthode pour former des esprits solides et calmes, que de les emprisonner dans un siècle de luttes ardentes, où tout besoin veut être assouvi et toute haine satisfaite sur l’heure !... que d’exposer à l’admiration des enfants, l’unique spectacle des révoltes même légitimes et de les induire à croire qu’un bon français doit prendre les Tuileries une fois au moins dans sa vie, deux si possible, si bien que les Tuileries détruites, il ait envie de quelque jour de prendre d’assaut pour ne pas démériter, l’Élysée ou le Palais Bourbon. »

Lire ici une critique de l’enseignement de la Révolution française à l’école « de la République »

Eh oui, l’Etat n’est pas un bon témoin de ce qu’est son contraire dialectique : la révolution !

Michel Vovelle enseignant la révolution française

La révolution française « pour les nuls »

La révolution française de 1789-1871, dernier bilan

Comment comprendre que la Révolution française, amoureuse de la liberté, bascule dans « la Terreur » ?

Quand la Révolution française anticipait la démocratie des travailleurs révolutionnairement organisés en comités

La révolution française et nous

Thermidor 1794 de la Révolution française

Pourquoi on a comparé le mouvement des Gilets jaunes à la Révolution française ?

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