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Prix Nobel de Physique ou prix de technoscience à retombées industrielles immédiatement rentables ? - Matière et Révolution
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Prix Nobel de Physique ou prix de technoscience à retombées industrielles immédiatement rentables ?

mardi 6 octobre 2015, par Robert Paris

Une origine explosive

Une curieuse représentation de la planète

Des femmes exclues comme ici Lise Meitner qui n’est pas citée pour une recherche à laquelle elle a participé alors que les deux autres chercheurs (hommes), Hahn et Strassmann, ont eu le Nobel de chimie en 1944...

Le prix Nobel de Physique Léon Lederman donne son avis sur le prix Nobel dans « Une sacrée particule » :

« Le Nobel nous impressionne très probablement à cause des lauréats… Le prix donne au collègue qui l’obtient une certaine aura. Même quand votre meilleur ami, celui avec qui vous avez fait pipi dans les bois, obtient le prix, quelque chose change dans votre manière de le voir… En fait, il y a beaucoup de physiciens – je suis sûr que c’est aussi vrai pour les candidats en chimie, en médecine et dans les domaines non scientifiques – qui n’auront pas le Nobel mais dont les travaux sont équivalents à ceux qui furent récompensés… Vous pouvez reconnaître un bon professeur au nombre de ses étudiants qui ont gagné le prix Nobel, dit un proverbe aztèque… Lorsque finalement l’annonce du Nobel me parvint, sous la forme d’un coup de fil à 6 heures du matin le 10 octobre 1988, je fus pris d’une hilarité incontrôlable… Lorsqu’un journaliste du New York Times me demanda ce que j’allais faire de l’argent du prix, je lui répondis que je n’arrivais pas à me décider entre une écurie de chevaux de course et un château en Espagne… »

Le Prix Nobel de Physique couronne-t-il des inventions technologiques à applications immédiatement rentables ou la compréhension scientifique du fonctionnement matériel ?

La montagne a accouché d’une souris. Le plus haut sommet de la science mondiale serait la lampe LED bleue ! Digne successeur des avancées historiques de la physique ? Nouveau sommet de la science ? Le Nobel serait-il devenu un concours Lépine bonifié ? Pourquoi le Nobel consacre-t-il un petit progrès technique qui aura certes des retombées financières mais qui n’est pas une avancée majeure dans la compréhension des lois universelles ?

Mais avant d’expliquer les considérations qui ont amené ce choix, il serait bon de se demander si le Nobel de Physique, le prix le plus connu en sciences, est réellement le summum de la recherche scientifique, comme cela est si souvent prétendu.

Le prix Nobel est discutable à plus d’un titre. Notamment, loin de couronner un scientifique au moment de son travail, il a souvent tendance à le faire quand celui-ci est terminé ! Au lieu de l’aider à être reconnu, il ne survient que pour des auteurs déjà reconnus et primés… Les jurés sont obligés de respecter l’instruction du testament d’Alfred Nobel : « a fait ses preuves avec le temps », pour attribuer le prix, ce qui les amène parfois à attendre de longues années. Certains l’ont reçu alors qu’ils étaient depuis longtemps en retraite et l’aide financière n’a jamais aidé leurs travaux scientifiques. Par contre, on n’a pas pu compléter les erreurs et oublis, même les plus remarquables, puisqu’il est interdit de donner le prix Nobel à un candidat décédé…

Mais c’est loin d’être la seule critique que l’on peut en faire.

Tout d’abord, nombre de lauréats du Nobel n’ont pas eu le prix pour leurs travaux principaux mais pour des découvertes pratiques et expérimentales bien moins importantes parfois que leurs découvertes théoriques.

En effet, avec le Prix Nobel, on récompense des personnes qui ont excellé essentiellement dans la voie expérimentale. On néglige tous les théoriciens qui les ont aidé ou les mêmes physiciens quand ils ont effectué des travaux théoriques.

Nobel était un inventeur qui ne supportait ni les théoriciens ni les mathématiciens…

Les récompenses Nobel montrent nettement cette faveur aux découvertes techniques comme en 2014 pour les diodes luminescentes bleues, en 2010 pour le Graphène, en 2009 pour la fibre optique et le capteur CCD, en 2007 pour la magnétorésistance, en 2005 pour la spectroscopie laser, en 2003 pour les supraconducteurs et les superfluides, en 2001 pour les condensats d’atomes alcalins, en 2000 pour les semi-conducteurs et circuits intégrés, en 1996 sur la superfluidité de l’hélium3, en 1994 pour des techniques de spectroscopie neutronique et de diffraction neutronique, en 1992 pour une méthode technique utilisée dans les détecteurs de particules, en 1991 pour des cristaux liquides et polymères, en 1989 pour des techniques de pièges à ions, le maser et l’horloge atomique, en 1987 pour la supraconductivité des céramiques, en 1986 pour le microscope à effet tunnel à balayage, l’optique électronique et le microscope électronique, en 1981 pour la spectroscopie laser et la spectroscopie électronique haute résolution, en 1978 pour des inventions en physique des basses températures, en 1973 pour l’effet tunnel Josephson, en 1972 sur les supraconducteurs basses températures, en 1971 pour l’invention de l’holographie, en 1970 pour la magnétohydrodynamique avec son application à la physique des plasmas et d’autres en antiferromagnétisme et ferrimagnétisme, en 1968 pour le développement des techniques d’utilisation de la chambre à bulles à hydrogène et d’analyse des données, en 1966 pour la découverte et le développement de méthodes optiques pour l’étude des résonances hertziennes dans les atomes, en 1964 pour la construction d’oscillateurs et d’amplificateurs basés sur le principe du maser-laser, en 1960 pour la découverte de la chambre à bulles, en 1956 pour les semi-conducteurs et les transistors, en 1953 pour le microscope à contraste de phase, en 1952 pour l’invention de la résonance magnétique nucléaire, en 1950 pour la méthode photographique d’étude des processus nucléaires, en 1948 pour la chambre à brouillard de Wilson, en 1946 pour l’invention d’un appareil produisant des pressions extrêmement élevées, en 1939 pour le cyclotron, etc, etc…

Cette particularité était à remarquer dès la naissance du prix avec en 1901 la découverte des rayons de Röntgen, en 1903 la radioactivité, en 1904 l’argon, en 1905 les rayons cathodiques, en 1907 les instruments optiques de précision de Michelson, en 1908 la reproduction photographique des couleurs basée sur le phénomène d’interférence, en 1909 la télégraphie sans fil, en 1912 l’invention des régulateurs automatiques utilisés avec des accumulateurs de gaz pour l’éclairage des phares et balises, en 1913 la production d’hélium liquide, en 1920 pour l’invention d’un alliage, l’invar, qui va servir en métrologie, etc…

On peut dire que le prix Nobel aime bien la physique appliquée !!!

La recherche scientifique est victime d’un tel détournement, la physique fondamentale étant inséparable de la physique appliquée, et d’autant plus victime que l’élitisme du prix cache le caractère désintéressé de la réelle recherche scientifique et que la recherche des applications à tout prix est à l’inverse de la recherche de la compréhension des lois de l’Univers…

On peut citer, parmi les scientifiques qui n’ont pas été primés par le Nobel pour leur œuvre théorique immense, Einstein qui a fait des découvertes essentielles dans de multiples domaines de la physique théorique comme la relativité restreinte et la relativité généralisée mais qui n’a reçu le Noble que pour une découverte pratique : celle de l’effet photoélectrique (qui actionne aujourd’hui par exemple les portes automatiques d’ascenseur !)

On peut citer aussi un autre exemple connu, celui de Enrico Fermi qui reçoit la distinction suprême pour, je cite, "sa découverte de nouveaux éléments radioactifs, développés par l’irradiation des neutrons, et sa découverte à ce propos des réactions de noyaux, effectuées au moyen des neutrons lents". Le communiqué explicite cette découverte ainsi : “Fermi a en effet réussi à produire deux nouveaux éléments, dont les numéros d’ordre sont 93 et 94, éléments auxquels il a donné le nom d’ausénium et d’hespérium.” Seulement voilà, d’ausénium et d’hespérium il n’y avait en réalité point dans l’expérience du savant transalpin. Fermi s’était trompé dans son interprétation et il avait néanmoins eu le prix Nobel pour la découverte de deux éléments imaginaires...

Fermi aurait eu bien d’autres raisons de recevoir le prix Nobel mais ce ne fut pas le cas… On peut citer notamment : Réaction en chaîne (nucléaire), Radioactivité β, Statistique de Fermi-Dirac, Paradoxe de Fermi, neutrino, isotopes radioactifs, première pile atomique, etc, etc…

La liste des Nobel de Physique n’est pas celle des plus grands physiciens pas plus que les motifs de leur attribution n’est la liste des plus grandes découvertes scientifiques.

Chacun connaît ainsi le prix Nobel de Physique et croit savoir qu’il récompense les plus grands scientifiques. A preuve une liste fameuse qui comprend les noms illustres de Curie, Lorentz, Planck, Einstein, Bohr, Perrin, de Broglie, Heisenberg, Schrödinger, Dirac, Fermi, Pauli, Born, Landau, Feynman, Ginzburg et bien d’autres…

Lise Meitner, qui joua notamment un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire, est souvent citée comme l’un des cas les plus flagrants de scientifiques injustement ignorés par le comité attribuant le prix Nobel mais ce que l’on sait moins, c’est qu’elle est loin d’être la seule, et que de très grands noms de la physique sont absents de cette liste des Nobel :

Henri Poincaré, Ludwig Boltzmann, Willard Gibbs, George Stoney, Georges Stokes, William Thomson (Lord Kelvin), Ernst Mach, William Crookes, Arnold Sommerfeld, John Archibald Wheeler, Alexander Bell , James Jeans, Paul Langevin, van der Pol, Andrei Kolmogorov, Arthur Eddington, Emil Warburg, Alexandre Liapounov , Edgard Gunzig, David Ruelle, Leonid Mandelstam, Édouard Branly, Léon Brillouin, Piotr Lebedev, Alexandre Andronov, Edwin Hall, Roger Penrose, L.A. Vichnegradski, B. Van der Pol, Heinrich Rubens, A. A. Vitt, Michel Hénon, Vladimir Fock, Jean Dalibard, Alexandre Davydov, Karl Schwarzschild, Jacob Emden, Paul Héroult, Paul Ehrenfest, Ernst Stückelberg, Rudolf Peierls, John von Neumann, Ralph Howard Fowler, Anatole Abragam, Leó Szilárd, George Gamow, Edwin Hubble, Ralph Alpher, Victor Veselago, Fred Hoyle , Iakov Zeldovitch, Antoine Masson, Gregory Breit , James Binney , Cesare Lattes, Hugh Everett, Sergueï Tchaplyguine, David Bohm, Rashid Sunyaev, Martin Schwarzschild , John Bell, David Deutsch, John Wheeler, Christian Birkeland, Simon van der Meer, Willem de Sitter, Iakov Sinaï, Ernst Lecher, Maurice Jacob, Jagadish Chandra Bose, Monique Dubois-Gance, Piotr Rehbinder, Gilbert Lewis, Yves Pomeau, Marcus Oliphant, Otto Frisch, Robert Williams Wood, Martin Rees, Bruno Pontecorvo, Alexandre Friedmann, Alain Aspect, Louis Gray , Lijun Wang, Gueorgui Golitsyne, Pierre Bergé, Freeman J. Dyson, Abram Ioffé, Lise Meitner, Dennis Sciama, Oliver Lodge, Wojciech Hubert Zurek, G.D. Birkhoff, V. I. Arnold, S. Saunders, Anatoli Logounov, Erich Hückel, Dennis W Sciama, Oliver Heaviside, Stephen Hawking, Walther Gerlach, Paul Matthews, Karl Jansky, Edwin Salpeter, Andreï Linde, Jean Dalibard, Oskar Klein, Edward Witten, Gilbert Lewis, Charles Kittel , Arthur Edwin Kennelly, Carl Størmer, etc, etc...

Il ne s’agit pas d’une liste de physiciens sans grande importance ou qui n’ont pas eu de succès. Au contraire, chacun d’entre eux est d’une importance marquante dans un ou plusieurs domaines pour la physique !

Des pans entiers de la physique sont passés au travers du Nobel : la relativité, le chaos déterministe, la cosmologie (il a fallu attendre les années 1970 pour voir un premier auteur primé), la climatologie, une bonne partie de la physique nucléaire, de la physique statistique, de la physique du non-linéaire, de l’émergence, de la rupture de symétrie, de la thermodynamique loin de l’équilibre, de la géophysique de la terre, de l’étude du vide quantique et on en passe… Parfois les auteurs marquants de ces domaines ont été primés mais pas pour leurs travaux sur ces thèmes ou par le petit bout du sujet…

Il faut rajouter des « trous » quasiment systématiques :

- Sont exclus méthodiquement du Nobel tous les mathématiciens de la physique, même s’ils sont physiciens en même temps que mathématiciens, comme Alexandre Liapounov, Benoit Mandelbrot, Henri Poincaré, Hermann Minkowski, Michel Hénon, Stephen Smale, Alexandre Friedmann, Victor Popov, Pascual Jordan, Emmy Noether, V. I. Arnold, Nikolaï Bogolioubov, Paul Epstein, Ernst Mach, Arnold Sommerfeld, John von Neumann, Iakov Sinaï, Freeman J. Dyson, Roger Penrose, Ernst Stückelberg, Dennis Sciama, Carl Størmer, Willem de Sitter, Heinz Hopf, Alexandre Friedmann, Norbert Wiener, G.D. Birkhoff, Stanisław Ulam, C. J. Everett, Hermann Weyl, Edward Witten, etc... Le Nobel exclut en effet méthodiquement les mathématiques… On peut regretter le penchant actuel tout mathématiques de la physique mais de là à passer de l’autre côté du cheval….

- Sont exclus l’essentiel de la physique russe (voir ici)

- Sont exclus certains participants des équipes de recherche pourtant primées comme Jocelyn Bell Burnell, comme Walther Gerlach, Lise Meitner… Comme dans d’autres domaines avec Charles Best en médecine, etc…

- Sont exclus la plupart des inventeurs de la bombe atomique (antimilitarisme ou concurrence avec la bombe à la nitroglycérine des Nobel ?) : Robert Oppenheimer, Andreï Sakharov (il a le prix Nobel mais celui de la paix, pas de la physique !!!), Gueorgui Fliorov, Otto Frisch, Rudolf Peierls, Stanisław Ulam, John Archibald Wheeler, Marcus Oliphant, Otto Frisch, etc…

- Sont exclus nombre de scientifiques de pays sous-développés comme Jagadish Chandra Bose, Satyendranath Bose, Abdel karim El-gadi, Jayant Narlikar, Lijun Wang, Ghulam Murtaza, Munir Ahmad Khan, Ishfaq Ahmad, Seshagiri Rao, K. S. Krishnan, Raja Ramanna, etc…

A part un Indien, un Pakistanais, deux Chinois (ou américano-chinois), le prix couronne exclusivement des auteurs d’Europe, du Japon et d’Amérique du nord, sans compter sept prix pour la Russie (vu l’excellence de l’ancienne physique russe de l’époque stalinienne, c’est une comédie !). Amérique latine zéro, Afrique zéro, Asie quasiment zéro ! Pourtant, le talent scientifique ne se limite pas à ces pays et la science s’est mondialisée ! Les 82 prix des USA et 84 prix pour l’Europe couronnent d’abord le capitalisme lui-même et pas la pensée scientifique ! Un seul prix pour la physique de l’Inde, c’est aussi comique que les sept prix russes ou les deux prix chinois. Et encore, il a fallu cinquante six ans avant que la Russie et la Chine n’aient un seul prix de Physique !

N’oublions pas que les plus exclus du prix Nobel sont encore les femmes !!! Mais ce n’est pas le résultat d’un choix particulier. Le Nobel n’est là qu’à l’image de toute la société capitaliste… (voir ici)

En primant la LED, le prix Nobel de physique 2014 a eu un but politique et économique : il s’agit de montrer que l’on récompense d’abord les efforts scientifiques s’ils mènent à des avancées technologiques qui servent l’économie capitaliste ! Il récompense en effet deux chercheurs japonais, Isamu Akasaki, Hiroshi Amano et Shuji Nakamura, aujourd’hui citoyen des Etats-Unis mais né au Japon où son travail a été réalisé. Le trio a joué un rôle décisif dans la mise au point des LED (diode électroluminescente) bleues dans les années 1990.

Le bleu était alors très attendu. Car les physiciens savaient depuis plus longtemps comment produire par un dispositif opto-électronique de la lumière à partir d’un courant électrique... mais seulement rouge et verte. Mais comment obtenir le "blanc" des lampes traditionnelles ? En y ajoutant du bleu pardi ! Ce qui fut plus difficile à obtenir, car il fallait développer les semi-conducteurs à nitrure de galium et d’indium. Les résultats du trio ont ouvert la voie à l’utilisation massive de ces sources de lumière à base de semi-conducteurs qui offrent l’avantage de la miniaturisation mais surtout d’utiliser très peu d’énergie et de matière première pour leur fabrication et des durées de vie beaucoup plus longues. Le principal inconvénient est la production de chaleur, puisque près de 20% de l’énergie électrique est ainsi transformée.

Le Jury du Nobel veut par ce choix souligner l’importance de recherches scientifiques pour l’évolution des systèmes techniques et industriels. Si le 20ème siècle a été celui des lampes à incandescence, le 21ème siècle sera éclairé aux LED, argumente t-il (pour le 20ème, disons que oui... après l’arrivée de l’électricité dans les foyers, ce qui n’est pas encore arrivé pour 1,5 milliard d’êtres humains, et pour le 21ème siècle, il est un peu imprudent de penser qu’aucune nouvelle découverte ne viendra bousculer la donne de l’éclairage).

En revanche, il est certain que l’éclairage aux LED est considérablement plus efficace que les lampes à incandescence. L’installation de systèmes d’éclairage couplant un petit panneau solaire et des LED peut ainsi fonctionner dans de nombreux endroits non couplés au réseau électrique, souligne le Jury Nobel. Mais la diffusion la plus massive se fait par remplacement de dispositifs traditionnel, pour l’éclairage domestique, industriel, urbain. Les économies d’électricité et de maintenance sont telles que les investissements sont souvent remboursés en quelques années, par exemple pour les collectivités territoriales. En 2012, la RATP a décidé de basculer tout son système d’éclairage en LED. Les LED ont également participé à l’avènement et au développement des écrans plats.

Ce choix du Jury Nobel souligne bien sûr l’importance économique de la recherche et le but donné à toute la science de se mettre au service de la technologie à buts financiers immédiats. C’est un choix politique.

En chimie, il s’agit d’emmener le microscope optique au-delà de la limite théorique de résolution : c’est ce qu’ont réussi Eric Betzig et William Moerner (États-Unis) avec la microscopie monomoléculaire, et Stefan Hell avec la microscopie à fluorescence STED. Les voilà tous les trois récompensés par le jury Nobel.

C’est tout à fait symptomatique de l’évolution de la science vers la technoscience, de la compréhension du monde vers la seule exploitation rentable des propriétés de la matière.

Becquerel concluait son discours de réception du Prix Nobel par "Il y aurait lieu de se demander si la transformation de l’atome constitue une évolution lente et spontanée, ou si elle est le fait de l’absorption d’un rayonnement extérieur inaccessible à nos sens. (...) Aucune expérience n’est venue jusqu’ici ni confirmer ni infirmer ces hypothèses".

Un scientifique dans la ligne actuelle se demanderait : « Il y aurait lieu de se demander si cette recherche peut avoir des retombées industrielles et financières. » C’est toute la différence….

Pourtant, la science n’est pas la technoscience à buts financiers

Où en est la recherche scientifique ?

La pensée et la société sont-elles piégées par l’hypertrophie et l’omnipotence de la technologie ?

Qu’est-ce que la « communauté scientifique » ?

La science, ce sont seulement des faits ?

Contre l’empirisme : La science se passe-t-elle de théoriser et se limite-t-elle à constater les faits ?

D’où vient le prix Nobel ?

C’est la publication erronée par un journal français d’une nécrologie prématurée, condamnant son invention de la dynamite en 1888 qui le décide à laisser une meilleure image de lui au monde après sa mort. La nécrologie affirmait ainsi : « Le marchand de la mort est mort. Le Dr. Alfred Nobel, qui fit fortune en trouvant le moyen de tuer plus de personnes plus rapidement que jamais auparavant, est mort hier ». Nobel a fait plusieurs inventions, toutes très rentables et toutes sur les explosifs à base de nitroglycérine.

Nobel n’est pas un scientifique mais un inventeur qui agit par tâtonnements et n’examine pas les théories.

Rentré avec son père en Suède, Alfred se dédie à partir de 1862 entièrement à l’étude des explosifs et en particulier à l’utilisation et la commercialisation sécurisée de la nitroglycérine. En 1871, il fonde KemaNobel, une des entreprises à l’origine d’AkzoNobel. Plusieurs explosions ont eu lieu dans l’usine familiale d’Heleneborg, dont une particulièrement désastreuse qui, le 3 septembre 1864, coûte la vie à cinq personnes dont Emil, le frère cadet d’Alfred.

Il s’attèle donc à rendre l’usage de la nitroglycérine moins dangereux, et est le premier à réussir à maîtriser sa puissance explosive. Nobel découvre accidentellement (par hasard et sérendipité) que, lorsque la nitroglycérine est mélangée à un solide inerte et absorbant appelé Kieselguhr (terre diatomacée), elle devient beaucoup plus sûre à transporter et à manipuler, l’explosion nécessitant l’usage d’un détonateur. Il fait breveter cette invention le 25 novembre 1867, sous le nom de dynamite et l’utilise pour la première fois dans une carrière à Redhill, en Angleterre (Surrey).

Dans son laboratoire français, il invente accidentellement (là encore par hasard et sérendipité) un nouvel explosif plus pratique d’emploi que la dynamite. Composée de nitroglycérine (93 %) et de collodion (7 %), la « dynamite extra Nobel » (brevet de 1875) ou gelignite (blasting gelatin) n’est autre que la dynamite gomme ou dynamite plastique (à ne pas confondre avec le plastic qui est un mélange d’hexogène et/ou de penthrite avec une huile et un plastifiant).

Aux termes de son testament, quelque 31,5 millions de couronnes suédoises, soit 1,7 milliard de couronnes d’aujourd’hui (197 millions d’euros), étaient affectées comme capital aux distinctions Nobel. Un capital dont les intérêts chaque année devaient être redistribués « à ceux qui au cours de l’année précédente se sont consacrés au plus grand intérêt de l’humanité ».

Le document prévoyait que les intérêts du capital placé seraient répartis ainsi : « Une part à qui aura fait la découverte ou l’invention la plus importante dans le domaine de la physique ; une à qui aura fait la découverte ou le progrès le plus remarquable en chimie ; une à qui aura fait la découverte la plus importante dans le domaine de la physiologie ou de la médecine ; une à qui aura produit dans le domaine littéraire l’œuvre la plus remarquable d’une tendance idéaliste ; et une part à celui qui aura agi le plus ou le mieux pour la fraternisation des peuples, l’abolition ou la réduction des armées permanentes ainsi que pour la formation et la diffusion de congrès de la paix. »

LES LAURÉATS DU PRIX NOBEL DE PHYSIQUE

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Rappelons ce que disait Grothedieck de ces prix :

« Je suis sensible à l’honneur que me fait l’Académie royale des sciences de Suède en décidant d’attribuer le prix Crafoord pour cette année, assorti d’une somme importante, en commun à Pierre Deligne (qui fut mon élève) et à moi-même. Cependant je suis au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d’ailleurs aucun autre), et ceci pour les raisons suivantes. 1) Mon salaire de professeur, et même ma retraite à partir du mois d’octobre prochain, est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins matériels et pour ceux dont j’ai la charge ; donc je n’ai aucun besoin d’argent. Pour ce qui est de la distinction accordée à certains de mes travaux de fondements, je suis persuadé que la seule épreuve décisive pour la fécondité d’idées ou d’une vision nouvelle est celle du temps. La fécondité se reconnaît à la progéniture, et non par les honneurs. 2) Je constate par ailleurs que les chercheurs de haut niveau auxquels s’adresse un prix prestigieux comme le prix Crafoord sont tous d’un statut social tel qu’ils ont déjà en abondance et le bien-être matériel et le prestige scientifique, ainsi que tous les pouvoirs et prérogatives qui vont avec. Mais n’est-il pas clair que la surabondance des uns ne peut se faire qu’aux dépens du nécessaire des autres ? 3) Les travaux qui me valent la bienveillante attention de l’Académie royale datent d’il y a vingt-cinq ans, d’une époque où je faisait partie du milieu scientifique et où je partageais pour l’essentiel son esprit et ses valeurs. J’ai quitté ce milieu en 1970 et, sans renoncer pour autant à ma passion pour la recherche scientifique, je me suis éloigné intérieurement de plus en plus du milieu des scientifiques. Or, dans les deux décennies écoulées l’éthique du métier scientifique (tout au moins parmi des mathématiciens) s’est dégradée à un degré tel que le pillage pur et simple entre confrères (et surtout aux dépens de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir se défendre) est devenu quasiment une règle générale, et qu’il est en tout cas toléré par tous, y compris dans les cas les plus flagrants et les plus iniques. Dans ces conditions, accepter d’entrer dans le jeu des prix et des récompenses serait aussi donner ma caution à un esprit et à une évolution, dans le monde scientifique, que je reconnais comme profondément malsains, et d’ailleurs condamnés à disparaître à brève échéance tant ils sont suicidaires spirituellement, et même intellectuellement et matériellement. C’est cette troisième raison qui est pour moi, et de loin, la plus sérieuse. Si j’en fais état, ce n’est nullement dans le but de critiquer les intentions de l’Académie royale dans l’administration des fonds qui lui sont confiés. Je ne doute pas qu’avant la fin du siècle des bouleversements entièrement imprévus vont transformer de fond en comble la notion même que nous avons de la « science », ses grands objectifs et l’esprit dans lequel s’accomplit le travail scientifique. Nul doute que l’Académie royale fera alors partie des institutions et des personnages qui auront un rôle utile à jouer dans un renouveau sans précédent, après une fin de civilisation également sans précédent… Je suis désolé de la contrariété que peut représenter pour vous-même et pour l’Académie royale mon refus du prix Crafoord, alors qu’il semblerait qu’une certaine publicité ait d’ores et déjà été donnée à cette attribution, sans l’assurance au préalable de l’accord des lauréats désignés. Pourtant, je n’ai pas manqué de faire mon possible pour donner à connaître dans le milieu scientifique, et tout particulièrement parmi mes anciens amis et élèves dans le monde mathématique, mes dispositions vis-à-vis de ce milieu et de la « science officielle » d’aujourd’hui. Il s’agit d’une longue réflexion, Récoltes et Semailles, sur ma vie de mathématicien, sur la création (et plus particulièrement la création scientifique) en général, qui est devenue en même temps, inopinément, un « tableau de mœurs » du monde mathématique entre 1950 et aujourd’hui. Un tirage provisoire (en attendant sa parution sous forme de livre), fait par les soins de mon université en deux cents exemplaires, a été distribué presque en totalité parmi mes collègues mathématiciens, et plus particulièrement parmi les géomètres algébristes (qui m’ont fait l’honneur de se souvenir de moi). Pour votre information personnelle, je me permets de vous en envoyer deux fascicules introductifs, sous une enveloppe séparée. »

Alexandre Grothendieck

Article du journal Le Monde du 4 mai 1988.

Il y a une corrélation entre la consommation de chocolat et le nombre de prix Nobel par habitant par pays. Corrélation mais bien entendu pas relation...

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